Economie

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AES, Economie, Niger, Société

Le financement du barrage de Kandadji en question : autonomie populaire ou perpétuation d’une gestion opaque ?

Conçu dès les années 1930 par l’administration coloniale et repris dans les années 1970 par un État nigérien meurtri par des sécheresses répétées, le Programme Barrage de Kandadji (P-KRESMIN) représente l’infrastructure la plus stratégique du pays. Pour un territoire sahélien où le fleuve Niger constitue l’unique cours d’eau permanent, la maîtrise du débit hydrique relève de la survie collective.

Economie, Reportage, Société

L’or doux de l’hiver nigérien : immersion au cœur du marché des dattes fraîches à Niamey

Chaque année, l’arrivée de la période hivernale au Niger s’accompagne d’un phénomène visuel et gustatif incontournable : l’invasion des marchés par les dattes fraîches. Transportées depuis les régions de l’Est, notamment Zinder, ou des oasis du Nord, ces douceurs de saison colorent les étals de la capitale. À Niamey, le commerce de ce fruit hautement périssable bat son plein, rythmé par les flux d’approvisionnement et le pouvoir d’achat des consommateurs. Voyage au cœur d’une filière locale qui nourrit autant qu’elle interroge ses acteurs. Une provenance ciblée et des prix au détail accessibles Le marché des dattes fraîches de Niamey tire sa substance des zones de production nationales. Zinder figure en première ligne des régions fournisseuses, approvisionnant régulièrement les grossistes et demi-grossistes de la capitale dès que la récolte commence. Sur les étals, la datte fraîche se démocratise par une tarification à la pièce ou en petits lots, pensée pour s’adapter aux bourses les plus modestes. Les vendeurs détaillants proposent des portions accessibles à toutes les catégories sociales. Les prix unitaires ou par petits regroupements oscillent généralement entre 15, 20 et 25 FCFA. Cette structure tarifaire permet à chaque habitant d’intégrer le fruit à son alimentation quotidienne, même avec un budget extrêmement limité. L’accessibilité du produit reste le principal moteur de sa diffusion rapide dans les différents quartiers de la ville dès sa mise sur le marché. Le marché de gros : une tarification conditionnée par la qualité et l’emballage Derrière la vente au détail se cache un réseau de distribution de gros soumis aux réalités de la logistique et de la récolte. Mustapha, commerçant installé au marché des dattes de Niamey, gère quotidiennement ces flux de marchandises. Selon ses observations, le prix du sac en gros n’est jamais fixe ; il fluctue principalement selon l’origine géographique des produits et la régularité de l’approvisionnement des marchés de la capitale. Les grands contenants, qui renferment les fruits sélectionnés pour leur fraîcheur et leur calibre, représentent le haut de la nomenclature tarifaire. Les variations constatées sur le terrain s’expliquent par le coût du transport depuis les zones de production, souvent éloignées, et par l’état des routes de desserte pendant la saison hivernale. Les détaillants opèrent leur choix de matières premières en fonction de ces trois segments de prix, arbitrage financier obligatoire pour préserver leur marge bénéficiaire future. Une rentabilité économique en demi-teinte pour les vendeurs Malgré l’abondance visible des dattes fraîches sur les étals de la capitale, la situation financière des commerçants s’avère complexe. L’afflux massif de marchandises sur une période restreinte engendre une concurrence accrue entre les revendeurs. Mustapha confie que l’activité traverse une phase difficile, marquée par un ralentissement notable des transactions globales. La fragilité du produit constitue un facteur de risque majeur pour ces opérateurs économiques. Contrairement à la datte sèche, la datte fraîche supporte mal le stockage prolongé et les écarts de température. Cette contrainte de conservation oblige les vendeurs à écouler rapidement leurs stocks, parfois à perte, pour éviter le pourrissement des invendus. Le manque d’infrastructures de conservation adaptées fragilise l’équilibre financier de la filière, transformant cette opportunité saisonnière en un exercice commercial de haute voltige. Un attachement culturel et nutritionnel solidement ancré Au-delà des dynamiques purement marchandes, la consommation de la datte fraîche relève d’une tradition solidement ancrée dans le quotidien des Nigériens. Les consommateurs expriment un attachement profond pour ce fruit, synonyme de plaisir gustatif et de bienfaits nutritionnels. Sa présence sur les tables hivernales est perçue comme un apport essentiel, liant coutume locale et habitudes alimentaires. Abdoulaye, un client croisé sur le marché, illustre cette tendance de consommation instantanée et de proximité. Venu acheter une quantité modeste pour une valeur de 50 FCFA, il témoigne de son habitude à consommer régulièrement ce fruit de saison. Cet achat fractionné, répété par des milliers de citoyens chaque jour, soutient le micro-commerce urbain. La datte fraîche demeure un aliment de forte socialisation, partagé en famille ou entre collègues de travail. Les défis logistiques de la saisonnalité Le modèle économique de la datte fraîche au Niger repose entièrement sur l’immédiateté. La concentration de la production sur la période hivernale sature le marché de Niamey durant quelques mois, avant une disparition quasi totale des étals au profit des dattes séchées importées ou conservées à long terme. Cette rupture de stock annuelle montre les limites d’une chaîne de valeur purement artisanale. L’absence d’unités de transformation locales empêche de stabiliser le cours du fruit. Une valorisation de la datte fraîche sous forme de sirops, de pâtes ou de produits dérivés permettrait de lisser les revenus des producteurs de Zinder et du Nord tout au long de l’année. En l’état actuel, le secteur reste tributaire des fluctuations de la météo et de la rapidité des transports routiers pour acheminer la production avant sa dégradation. Facebook Poursuivez la discussion avec nous sur notre page Facebook

Analyse, Economie

Numérique au Niger : radioscopie d’un marché en mutation et enjeux de la fluidité d’internet pour l’essor socioéconomique

Niamey, juillet 2026 — L’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP) du Niger a publié son rapport de l’observatoire des marchés pour le deuxième trimestre de l’année 2025. Ce document fournit des indicateurs précis sur l’état des infrastructures, la dynamique des abonnements et la structure économique des télécommunications au sein d’une population nationale estimée à 28 184 991 habitants par l’Institut National de la Statistique (INS). L’analyse de ces données quantitatives permet de dresser un bilan des acquis, d’identifier les goulets d’étranglement et de mesurer l’impact direct qu’un accès fluide au réseau internet exerce sur le développement socioéconomique du pays. Une connectivité mobile en croissance, un accès internet en baisse Le secteur de la téléphonie mobile nigérienne repose sur quatre acteurs principaux : Zamani Com S.A., Celtel Niger S.A. (Airtel), Niger Telecom S.A. et Moov Africa Niger S.A. Au terme du deuxième trimestre 2025, le parc global d’abonnés mobiles affiche une tendance haussière stable, s’établissant à 17 353 642 utilisateurs connectés. Ce chiffre marque une progression de 507 000 usagers par rapport aux 16 846 642 abonnés enregistrés à la clôture du premier trimestre. Cette croissance globale porte le taux de pénétration de la téléphonie mobile à 61,57 % à l’échelle nationale. La répartition des parts de marché du parc mobile confirme la prédominance de Celtel, qui capte 46,67 % des utilisateurs. Zamani Com occupe la deuxième place avec 24,19 %, talonné par Moov Africa à 23,91 %. L’opérateur historique public, Niger Telecoms, ferme la marche en détenant 5,24 % du marché, bien qu’il enregistre une hausse de 1 % par rapport au trimestre précédent. Le segment de l’internet mobile présente une trajectoire inverse et contrastée. Le volume global des abonnés à internet a connu un repli structurel majeur. Fin juin 2025, le nombre de lignes disposant d’une connexion active s’élève à 8 413 978. Trois mois plus tôt, ce sous-secteur culminait à 11 222 308 abonnements actifs. Ce recul entraîne une baisse du taux de pénétration de l’internet mobile, qui chute de 40 % à 30 % sur la période. Sur ce marché de la donnée numérique, Celtel maintient sa position de leader avec 58 % des parts de marché, suivi de Moov Africa avec 26 %, de Zamani Telecom à 13 % et de Niger Telecoms à 3 %. Économie numérique et flux de trafic Sur le plan financier, les activités des quatre opérateurs ont généré un chiffre d’affaires trimestriel de 69 295 543 063 F CFA. Ce résultat marque une augmentation budgétaire de 2 229 003 507 F CFA par rapport aux 67 066 539 556 F CFA déclarés au premier trimestre. Celtel concentre 49 % des revenus financiers du secteur, suivi par Niger Telecoms (24 %), Zamani Com (14 %) et Moov Africa (13 %). Les investissements cumulés sur le trimestre atteignent 3 938 014 699 F CFA. Ils sont principalement injectés dans la maintenance et l’extension des infrastructures par Celtel, Niger Telecoms et Moov Africa, tandis que Zamani Com affiche une valeur nulle sur ce trimestre précis. En termes d’impact social direct, les télécommunications emploient 1 289 salariés sous contrat (CDI et CDD), parmi lesquels figurent 339 femmes, soit un taux de représentation féminine de 26,29 %. L’analyse des flux de communication indique que le trafic On-Net (appels intra-réseau) reste majoritaire, totalisant 2 706 912 513 minutes, dominé à 77 % par Celtel. Le trafic Off-Net (inter-réseau) s’élève à 807 891 604 minutes. Les communications internationales entrantes cumulent 15 224 777 minutes, segment sur lequel Niger Telecoms occupe la première place avec 38 % du volume global, malgré sa faible part d’abonnés. Le trafic international sortant s’établit à 10 929 412 minutes. L’impact d’un accès fluide à internet sur le développement du Niger Les données de l’ARCEP mettent en évidence un défi technique : le taux global de couverture géographique nationale s’arrête à 34,51 %, laissant de larges portions du territoire hors réseau, bien que 65,76 % de la population soit couverte par au moins un signal mobile GSM. Dans ce contexte, la baisse constatée du taux de pénétration internet de 10 points de pourcentage représente un signal d’alerte pour les décideurs économiques. Un accès fluide, stable et abordable à internet constitue un levier de croissance transversale pour le Niger. Sur le plan macroéconomique, la fluidification de la connectivité internet accélère la dématérialisation des procédures administratives et commerciales. Elle réduit les coûts de transaction pour les entreprises privées et publiques, favorisant l’émergence d’un écosystème de services. Les services financiers mobiles, de plus en plus dépendants de la connectivité internet pour les applications de seconde génération, permettent l’inclusion bancaire des populations rurales exclues du système bancaire traditionnel. L’accès continu au réseau permet aux commerçants et aux agriculteurs d’obtenir en temps réel les cours des marchés régionaux, optimisant la chaîne de valeur agricole qui fait vivre la majorité des actifs nigériens. Dans les secteurs sociaux, l’impact de la fluidité d’internet s’avère tout aussi mesurable. En matière d’éducation, une bande passante stable permet le déploiement de programmes d’enseignement à distance et l’accès aux bases de données universitaires mondiales pour les étudiants des universités publiques de Niamey, Zinder ou Maradi. Dans le domaine de la santé, le développement de la télémédecine offre une réponse concrète à la pénurie de spécialistes médicaux dans les régions de l’intérieur, permettant des consultations à distance et un suivi épidémiologique rigoureux. La réduction de la fracture numérique, caractérisée ici par un taux de pénétration internet qui stagne à 30 %, nécessite une continuité des investissements. Pour que l’économie nigérienne bénéficie pleinement de la transformation numérique, l’extension de la couverture réseau géographique (actuellement à 34,51 %) et la baisse des coûts d’accès à la donnée internet demeurent des priorités sectorielles claires. L’optimisation des infrastructures existantes par les quatre opérateurs licenciés constitue la condition technique essentielle pour transformer le potentiel démographique du Niger en valeur économique mesurable. Facebook Poursuivez la discussion avec nous sur notre page Facebook

Economie, Reportage

NIGER : LE SECTEUR DES « WI-FI ZONE » RECADRÉ PAR UN ARRÊTÉ MINISTÉRIEL

L’État du Niger engage une structuration formelle du marché de la revente de connectivité internet de proximité. Signé par le ministre Adjé Ali Salatou, l’arrêté n° 000034/MC/NTI/SG/DL encadre désormais l’exploitation des espaces géographiques privés destinés à la fourniture publique d’accès internet via des technologies sans fil, communément appelés « Wi-Fi Zone ». Cette décision administrative définit les modalités d’acquittement des frais afférents à ces services sur toute l’étendue du territoire national. L’exploitation d’une Wi-Fi Zone sort du flou juridique. L’activité intègre la catégorie du régime d’entrée libre soumis à déclaration préalable. Cette formalité s’effectue auprès de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP). L’instruction du dossier est assujettie au paiement de frais d’études non remboursables, fixés à cinquante mille (50 000) francs CFA hors taxes par dossier. Le règlement intervient par chèque, par versement direct ou par virement sur le compte bancaire de l’organe de régulation. Le texte instaure des redevances annuelles hors taxes, exigibles pour l’exercice de l’activité. Le régulateur retient une tarification dégressive, indexée sur le niveau de développement administratif de la localité d’implantation. À Niamey, la redevance annuelle s’élève à deux cent mille (200 000) francs CFA. Elle passe à cent cinquante mille (150 000) francs CFA dans les chefs-lieux de région, à cent mille (100 000) francs CFA dans les chefs-lieux de département, et se stabilise à cinquante mille (50 000) francs CFA dans les autres localités du pays. Le dispositif technique impose un ancrage aux réseaux des opérateurs titulaires de licences globales. La fourniture du service s’opère à partir d’un point d’accès raccordé à un abonnement souscrit auprès d’un opérateur autorisé. Lorsqu’un fournisseur envisage de couvrir le public à travers plusieurs points d’accès, chaque point doit être raccordé à un accès internet individualisé. Le texte dresse des limites structurelles destinées à empêcher la constitution de réseaux parallèles : le nombre maximal de points de vente autorisés par fournisseur ne peut excéder cinq (5). L’implantation de pylônes ainsi que l’utilisation d’amplificateurs de signal sont proscrites. L’article 10 accorde un délai de trois (3) mois à compter de la date de signature pour la mise en conformité des installations préexistantes. L’ARCEP dispose des prérogatives de contrôle pour inspecter les dispositifs techniques et veiller à l’application des sanctions. L’intervention de l’autorité ministérielle génère des implications directes pour l’écosystème numérique. L’obligation de souscrire des abonnements individualisés augmente le volume commercial des opérateurs de télécommunications détenteurs de licences, éradiquant le partage non contrôlé de bandes passantes résidentielles. Pour les micro-entrepreneurs, les barrières financières cumulées (frais d’entrée et redevances annuelles) contractent la rentabilité des petits points de vente. Cette pression économique pourrait provoquer un ajustement tarifaire à la hausse pour l’utilisateur final. L’interdiction des amplificateurs et des pylônes restreint le périmètre commercial à une échelle locale, empêchant la mutation de ces structures en réseaux de quartier. La dégressivité des taxes territoriales tente de préserver l’accès internet dans les zones secondaires et rurales. Le texte cherche un équilibre entre la sécurité des réseaux, la formalisation fiscale d’une activité lucrative sectorielle et le maintien d’une capillarité d’accès pour les populations. Facebook Poursuivez la discussion avec nous sur notre page Facebook

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