Mali : quatre projets de renouvellement de permis aurifères adoptés

Des géologues examinent des échantillons de roche sur un site de recherche aurifère au Mali.
Illustration générée par intelligence artificielle — Œil du Sahel.

Le Conseil des ministres malien a adopté, le 2 septembre 2026, quatre projets de décret autorisant la poursuite de recherches aurifères à Ourounia, Dézébéla, Faladiè Nord et Liberta Sud. Les projets concernent trois sociétés et, selon le communiqué gouvernemental, permettraient la poursuite des recherches pendant trois années supplémentaires, renouvelables une fois. À ce stade, le gouvernement n’a pas rendu publics, dans son communiqué, les superficies concernées, les résultats géologiques détaillés ni les obligations environnementales associées.

Le Conseil des ministres malien a adopté quatre projets de premier renouvellement de titres de recherche aurifère. Réuni le mercredi 2 septembre 2026 au Palais de Koulouba, sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres a adopté quatre projets de décret concernant des permis situés dans les cercles de Bougouni, Sikasso, Kangaba et Kéniéba. L’annonce figure dans le communiqué officiel de la réunion gouvernementale.

Le premier projet porte sur le permis de recherche d’or et de substances minérales du groupe 2 situé à Ourounia, dans le cercle de Bougouni. D’après le gouvernement, ce titre avait initialement été attribué à Yiyuan Mines SARL avant d’être cédé, en 2021, à Hongda Liujiu SARL. Le deuxième projet de décret concerne A.NA.DI.S SARL pour le périmètre de Dézébéla, dans le cercle de Sikasso.

Les deux autres projets de décret concernent la société L’Horizon SARL. Ils couvrent respectivement les périmètres de Faladiè Nord, dans le cercle de Kangaba, et de Liberta Sud, dans le cercle de Kéniéba. Le communiqué ne précise pas la superficie de ces quatre zones ni leurs coordonnées géographiques. Il ne fournit pas non plus, titre par titre, les montants déjà investis ou le programme détaillé des travaux prévus pendant la nouvelle période.

Selon l’exécutif malien, les permis avaient été accordés en 2019, 2021 et 2022 aux sociétés Yiyuan Mines SARL, A.NA.DI.S SARL et L’Horizon SARL. Le document officiel ne rattache toutefois pas explicitement chacune de ces années à chacun des périmètres dans le passage consacré aux renouvellements. Il indique également que les titres ont été affectés par la suspension du renouvellement des permis miniers intervenue entre décembre 2022 et mars 2025.

Cette précision permet de replacer la décision du 2 septembre dans un contexte administratif particulier. La période de suspension a interrompu ou retardé le traitement des demandes de renouvellement. Le Conseil des ministres affirme aujourd’hui que les projets adoptés sont conformes au Code minier et qu’ils permettront aux entreprises bénéficiaires de continuer leurs recherches pendant trois années supplémentaires. Cette période pourra être renouvelée une fois, selon le communiqué.

Le terme de « recherche » est essentiel. Un permis de recherche ne signifie pas qu’une mine est déjà entrée en production, ni qu’un gisement commercialement exploitable a été découvert. Il autorise des travaux d’exploration destinés à mieux connaître le potentiel géologique d’un périmètre. Ces activités peuvent comprendre, selon les programmes autorisés, des études géologiques, des prélèvements, des analyses, des campagnes géophysiques ou des forages. Le communiqué gouvernemental ne détaille pas les opérations qui seront effectivement conduites sur chacun des quatre sites.

Pour justifier la poursuite des activités, le gouvernement indique que les travaux déjà entrepris ont révélé plusieurs « anomalies ». Dans le vocabulaire de l’exploration minière, une anomalie peut signaler une caractéristique géologique ou géochimique qui mérite des investigations supplémentaires. Elle ne constitue cependant pas, à elle seule, la preuve de l’existence d’un gisement rentable. Aucun résultat d’analyse, volume de ressources, teneur en or ou estimation économique n’accompagne l’annonce officielle.

L’adoption de ces projets ouvre la perspective d’une nouvelle phase de recherche, mais laisse plusieurs questions sans réponse. Les décrets intégraux n’étaient pas joints au communiqué consulté. Les cartes cadastrales, les coordonnées des permis et les superficies exactes ne sont pas présentées. Il reste également à établir les conditions techniques, financières, fiscales, sociales et environnementales imposées aux sociétés bénéficiaires.

L’identité des bénéficiaires effectifs représente un autre enjeu de transparence. Le communiqué cite les dénominations sociales de Hongda Liujiu SARL, A.NA.DI.S SARL et L’Horizon SARL, sans préciser leurs actionnaires, leurs dirigeants ni les personnes qui en détiennent le contrôle final. La cession du permis d’Ourounia, de Yiyuan Mines SARL à Hongda Liujiu SARL en 2021, mérite également d’être documentée par l’acte correspondant et les autorisations administratives qui l’ont encadrée.

Les quatre périmètres sont répartis dans des territoires connus pour leur activité minière ou leur potentiel aurifère. Bougouni et Sikasso se situent dans le sud du Mali, tandis que Kangaba et Kéniéba appartiennent à des zones où l’or joue déjà un rôle important dans l’économie locale. Cette répartition donne au dossier une dimension nationale, mais aussi locale : les recherches peuvent concerner l’accès aux terres, les usages agricoles, l’eau, l’emploi, la sous-traitance et les relations avec les communautés riveraines.

À ce stade, aucune information détaillée n’est fournie sur les consultations menées auprès de ces communautés. Le communiqué ne mentionne pas d’étude d’impact environnemental et social propre aux quatre renouvellements. Il ne précise pas davantage les mécanismes de compensation, les mesures de remise en état des sites de recherche ou les engagements relatifs à l’emploi local. L’absence de ces éléments dans le compte rendu gouvernemental ne signifie pas nécessairement qu’ils n’existent pas ; elle impose de consulter les décrets, les cahiers des charges et les dossiers environnementaux avant de tirer une conclusion.

Les retombées économiques attendues ne sont pas davantage chiffrées. Aucun nombre d’emplois, montant de dépenses d’exploration, taxe, redevance ou contribution aux collectivités n’est annoncé. Pour mesurer l’intérêt public des renouvellements, il faudra rapprocher les obligations inscrites dans les titres des réalisations déjà déclarées par les entreprises. Les rapports de travaux, les données du cadastre minier, les registres du commerce et les publications de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives pourraient apporter des éléments complémentaires.

La décision intervient alors que l’État malien cherche à renforcer son contrôle sur le secteur minier et à accroître les bénéfices nationaux tirés des ressources extractives. Toutefois, le communiqué du 2 septembre ne présente pas ces quatre renouvellements comme des permis d’exploitation. Les éventuelles perspectives de production, de recettes publiques ou d’emplois permanents demeurent donc hypothétiques tant que l’exploration n’a pas établi des ressources suffisantes et qu’aucune décision d’exploitation n’a été prise.

Pour les populations de Bougouni, Sikasso, Kangaba et Kéniéba, l’enjeu immédiat est de connaître la localisation précise des travaux et les obligations applicables aux opérateurs. La publication des décrets, des cartes des périmètres et des programmes de recherche permettrait de clarifier l’étendue des activités autorisées. Elle faciliterait aussi le suivi citoyen des engagements environnementaux et sociaux.

En l’état, le fait établi est l’adoption de quatre projets de décret de premier renouvellement par le Conseil des ministres. La durée supplémentaire annoncée est de trois ans, avec la possibilité d’un renouvellement additionnel. Selon le communiqué, les projets adoptés permettront aux sociétés concernées de poursuivre leurs recherches après la procédure réglementaire applicable. En revanche, la valeur des anomalies, la viabilité économique des sites et les bénéfices pour l’État ou les communautés ne sont pas encore démontrés par les informations rendues publiques.

Œil du Sahel poursuivra la documentation de ce dossier en recherchant les quatre décrets, les fiches cadastrales, les actes relatifs à la cession d’Ourounia et les informations disponibles sur les sociétés concernées. Cette vérification devra également porter sur les obligations fiscales, environnementales et sociales ainsi que sur les consultations conduites dans les localités touchées. Elle permettra de distinguer l’annonce administrative d’un renouvellement de permis des résultats réels de l’exploration sur le terrain.

Oeil du Sahel Newsletter

Inscrivez-vous pour accéder à notre Newsletter

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

NOUVEAU
Œil du Sahel est maintenant sur votre téléphone
Téléchargez l’application officielle sur Android ou installez la version web sur votre iPhone.
CHOISIR MON INSTALLATION

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut