Surtitre : Sécurité – Diplomatie – Souveraineté
À la tribune des Nations unies, le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine a relié trois dimensions de la politique extérieure actuelle du Niger : la lutte contre le terrorisme, les événements des 28 et 29 août 2026 à Niamey et la diversification des partenariats internationaux. Entre les accusations portées contre la France et l’Ukraine, la réponse aux événements d’août et l’importance accordée à de nouveaux partenaires se dessine une ligne diplomatique articulant sécurité, souveraineté et choix des alliances.

À New York, le Niger expose sa lecture de la crise sahélienne
Le discours prononcé le 25 septembre 2026 par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine devant la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies dépasse le traditionnel exercice diplomatique.
À travers la sécurité, les ressources naturelles et les relations internationales, le chef du gouvernement a présenté une lecture de la trajectoire suivie par le Niger depuis juillet 2023.
Au centre de cette doctrine se trouve la souveraineté.
Le mot revient à plusieurs reprises dans son intervention. Il concerne aussi bien le contrôle des ressources naturelles que la sécurité nationale et la liberté du Niger de choisir ses partenaires internationaux.
Mais c’est sur la situation sécuritaire au Sahel que le Premier ministre a formulé certaines de ses déclarations les plus fortes.
Ali Mahaman Lamine Zeine conteste une lecture du terrorisme sahélien qui serait exclusivement fondée sur l’action autonome des groupes armés. Dans son intervention, il associe également l’insécurité régionale à des actions de déstabilisation qu’il attribue à des acteurs extérieurs.
À la tribune de l’ONU, il a ainsi directement mis en cause la France et l’Ukraine.
PAROLE DU PREMIER MINISTRE
« La souveraineté de nos États n’est pas négociable. »
— Ali Mahaman Lamine Zeine, Assemblée générale des Nations unies, 25 septembre 2026
France et Ukraine : les accusations portées devant l’ONU
La mise en cause de Paris par Niamey n’est pas nouvelle.
Depuis la rupture du partenariat militaire franco-nigérien après les événements du 26 juillet 2023, les autorités nigériennes ont régulièrement accusé la France de chercher à déstabiliser le pays ou de soutenir des acteurs hostiles aux États du Sahel.
Ces accusations ont été répétées en 2026. Lors d’un forum consacré à la sécurité en Afrique de l’Ouest en avril, le ministre nigérien des Affaires étrangères avait déjà accusé la France de soutenir le terrorisme au Niger.
La France rejette ces accusations.
Après les événements d’août 2026 à Niamey, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a notamment qualifié les accusations nigériennes de « pures fantaisies », affirmant que Paris n’avait participé ni directement ni indirectement à la tentative de mutinerie.
Le contentieux avec l’Ukraine est également antérieur au discours de New York.
En août 2024, le Niger, le Mali et le Burkina Faso avaient adressé une lettre au Conseil de sécurité des Nations unies accusant Kyiv de soutenir des groupes armés dans le Sahel après les combats de Tinzaouatène au Mali.
L’Ukraine avait rejeté ces accusations. Son ministère des Affaires étrangères avait notamment démenti toute coopération avec des organisations terroristes et tout soutien aux groupes armés opérant dans la région.
Deux ans plus tard, Ali Mahaman Lamine Zeine a donc porté devant l’Assemblée générale une accusation qui s’inscrit dans un contentieux diplomatique déjà ancien entre les pays de l’AES et Kyiv.
Les positions restent ainsi opposées : Niamey accuse Paris et Kyiv de participer à des actions de déstabilisation au Sahel ; la France et l’Ukraine rejettent ces accusations.
Les 28 et 29 août, un tournant sécuritaire à Niamey
Cette lecture de la menace extérieure prend une dimension particulière lorsqu’Ali Mahaman Lamine Zeine aborde les événements survenus dans la capitale nigérienne dans la nuit du 28 au 29 août 2026.
Des militaires mutins ont alors attaqué plusieurs sites stratégiques à Niamey, notamment autour de l’aéroport international Diori-Hamani et de la base aérienne 101. Des tirs nourris et des explosions avaient été entendus dans plusieurs secteurs de la capitale.
Ces événements ne sont pas les premières attaques visant la zone aéroportuaire de Niamey en 2026.
Une attaque avait notamment frappé l’aéroport en janvier, tandis qu’une nouvelle offensive avait été enregistrée en juin. Des groupes jihadistes avaient revendiqué ces précédentes opérations.
Les événements d’août présentent cependant une différence majeure : ils ont impliqué des éléments appartenant aux forces nigériennes.
Les autorités ont par la suite parlé d’une tentative de déstabilisation et mis en cause des éléments du Bataillon spécial de renseignement du Commandement des opérations spéciales.
Devant l’ONU, Ali Mahaman Lamine Zeine a présenté les événements des 28 et 29 août comme une troisième tentative de déstabilisation.
Il a indiqué que des investigations étaient toujours en cours afin d’établir les circonstances, les responsabilités et l’existence éventuelle de soutiens internes et externes.
Le Premier ministre a également déclaré que le Niger se réservait le droit de recourir aux mécanismes prévus par la Charte des Nations unies et le droit international une fois ces investigations achevées.
CE QUE DIT NIAMEY
Les événements des 28 et 29 août 2026 sont présentés par le Premier ministre comme une troisième tentative de déstabilisation du Niger.
Ali Mahaman Lamine Zeine indique que les investigations se poursuivent pour déterminer les responsabilités et les éventuels soutiens internes et externes.
Niamey veut internationaliser le dossier
Cette déclaration prolonge une position déjà annoncée par le gouvernement nigérien.
Après les événements d’août, les autorités avaient fait état de leur intention d’établir les différentes responsabilités et envisagé de porter l’affaire devant des juridictions ou mécanismes internationaux.
Le gouvernement nigérien évoque notamment des ramifications extérieures.
La France, directement mise en cause par les autorités nigériennes, a rejeté toute implication.
Le dossier prend ainsi une dimension qui dépasse désormais le seul cadre sécuritaire intérieur. En portant ces accusations devant l’Assemblée générale des Nations unies, Niamey les inscrit dans sa confrontation diplomatique avec certains de ses anciens partenaires et dans son discours plus général sur la souveraineté.
Une menace terroriste au cœur des préoccupations régionales
Au-delà des tensions diplomatiques, les organisations jihadistes continuent de disposer d’importantes capacités opérationnelles dans le Sahel.
En juillet 2026, le représentant spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel alertait le Conseil de sécurité sur une menace terroriste devenue plus sophistiquée.
Les groupes armés utilisent davantage les drones, les moyens modernes de communication et des mécanismes financiers complexes, tout en coordonnant leurs opérations au-delà des frontières.
L’ONU souligne également le rôle joué par les vulnérabilités économiques, la porosité des frontières, les crises humanitaires et les effets du changement climatique dans l’instabilité régionale.
Pour Niamey, cette situation sécuritaire s’inscrit désormais dans un environnement géopolitique plus large, marqué par la confrontation avec certains partenaires historiques et la recherche de nouvelles coopérations.
Après la rupture avec Paris, la diversification
C’est ici que la troisième partie du discours d’Ali Mahaman Lamine Zeine prend tout son sens.
Le Niger ne présente pas sa politique extérieure actuelle comme un retrait du système international.
Niamey parle plutôt de diversification des partenariats.
Le principe revendiqué est celui d’une coopération fondée sur l’égalité, la réciprocité et le respect de la souveraineté.
Cette stratégie a conduit le Niger à réduire profondément sa coopération militaire et diplomatique avec certains partenaires occidentaux tout en développant ou renforçant ses relations avec d’autres États.
À New York, le Premier ministre a notamment cité le Togo, la Turquie, le Maroc, la Russie et la Chine parmi les partenaires du Niger.
Mais un pays occupe une place particulière dans son intervention : l’Algérie.
LA LIGNE DIPLOMATIQUE
Dans son allocution, Ali Mahaman Lamine Zeine présente les nouveaux partenariats du Niger autour de trois principes :
égalité – réciprocité – respect de la souveraineté.
Cette formule résume la doctrine de diversification défendue par Niamey.
L’Algérie, partenaire stratégique au nord
La place accordée à Alger n’est pas seulement symbolique.
Quelques jours avant le discours du Premier ministre à New York, une importante délégation algérienne conduite par le ministre d’État chargé de l’Énergie et des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, était à Niamey.
Le 22 septembre, le président Abdourahamane Tiani l’a reçue pour discuter du renforcement de la coopération entre les deux pays, particulièrement dans le domaine des hydrocarbures.
Le même jour, Ali Mahaman Lamine Zeine a reçu la délégation algérienne pour examiner plusieurs projets structurants.
Parmi eux figure le gazoduc transsaharien, projet destiné à relier les ressources gazières du Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger.
La coopération algéro-nigérienne s’étend également à l’énergie électrique. En mars 2026, les deux Premiers ministres avaient posé à Niamey la première pierre d’une centrale électrique construite dans le cadre de la coopération entre les deux pays.
Dans son discours devant l’ONU, Zeine cite également la défense, la santé, l’éducation, l’eau et l’agriculture parmi les secteurs concernés par la coopération avec Alger.
L’Algérie possède par ailleurs une caractéristique géopolitique déterminante : elle partage avec le Niger une frontière de près de 1 000 kilomètres et constitue un acteur important des équilibres sécuritaires du Sahara.
Russie : une coopération devenue également sécuritaire
La recomposition est encore plus visible dans les relations avec la Russie.
Depuis le retrait des forces françaises puis américaines, Moscou a renforcé sa coopération sécuritaire avec le Niger.
Les événements d’août ont illustré cette évolution.
Lors de la reprise de la base aérienne après la mutinerie, des forces russes ont participé aux opérations aux côtés des forces nigériennes, selon plusieurs informations concordantes.
Cette coopération donne une dimension opérationnelle au rapprochement diplomatique entre Niamey et Moscou.
Elle traduit également un changement dans les partenariats sécuritaires du Niger : alors que la lutte antiterroriste reposait auparavant largement sur des coopérations militaires occidentales, Niamey travaille désormais avec d’autres fournisseurs d’équipements, de formation et d’assistance sécuritaire.
Les autorités nigériennes présentent toutefois cette orientation comme une diversification des partenariats, et non comme le remplacement d’un partenaire unique par un autre.
Le Niger continue aussi de parler aux Européens
La recomposition diplomatique n’équivaut d’ailleurs pas à une rupture avec l’ensemble de l’Europe.
En marge de la 81ᵉ Assemblée générale, les ministres des Affaires étrangères de l’AES ont rencontré leurs homologues d’Allemagne, d’Italie et de Suisse.
Les discussions ont porté sur la menace terroriste ainsi que sur les perspectives de coopération économique, commerciale et industrielle.
Selon la diplomatie nigérienne, les deux parties ont exprimé leur volonté de maintenir le dialogue dans un cadre présenté comme un partenariat « d’égal à égal ».
Ce point nuance l’idée d’un Niger qui aurait simplement remplacé ses partenaires occidentaux par la Russie et la Chine.
La doctrine présentée à New York apparaît plus large : multiplier les partenariats tout en revendiquant la liberté de déterminer les coopérations jugées conformes aux intérêts nationaux.
Sécurité, souveraineté et diplomatie deviennent indissociables
C’est probablement la principale évolution qui ressort du discours d’Ali Mahaman Lamine Zeine.
Pour les autorités nigériennes, les questions sécuritaires, économiques et diplomatiques sont désormais étroitement liées.
Le terrorisme est relié à la souveraineté.
La souveraineté est elle-même associée à la capacité du Niger de choisir ses partenaires.
Et les événements des 28 et 29 août sont intégrés à cette même grille de lecture : celle d’un État qui affirme être confronté à des tentatives de déstabilisation et qui entend adapter en conséquence sa politique sécuritaire et ses relations internationales.
Dans ce cadre, les accusations contre la France et l’Ukraine occupent désormais une place explicite dans le discours diplomatique nigérien. Paris et Kyiv les rejettent.
Cette confrontation constitue désormais l’un des éléments du nouvel environnement diplomatique dans lequel évolue Niamey.
LE FIL ROUGE DU DISCOURS
Sécurité → souveraineté → choix des partenaires.
Ces trois dimensions permettent de lire ensemble les accusations de Niamey, les événements d’août et la recomposition actuelle des relations extérieures du Niger.
Une doctrine extérieure en construction
Trois ans après juillet 2023, le Niger cherche ainsi à stabiliser une nouvelle architecture diplomatique.
La France, longtemps partenaire militaire et économique majeur, est désormais directement mise en cause par les autorités nigériennes dans leur lecture des menaces pesant sur le pays.
La Russie est devenue un partenaire sécuritaire.
La Chine conserve une importance économique.
La Turquie et le Maroc figurent parmi les partenaires avec lesquels Niamey souhaite approfondir ses relations.
Et l’Algérie apparaît comme un voisin stratégique avec lequel le Niger veut développer des infrastructures énergétiques, économiques et sécuritaires de long terme.
À cela s’ajoute l’AES, devenue le premier cercle de la politique régionale nigérienne.
Le discours prononcé par Ali Mahaman Lamine Zeine à New York permet ainsi de comprendre la cohérence recherchée par Niamey : faire de la souveraineté le principe organisateur de la sécurité et des relations internationales.
Les événements des 28 et 29 août donnent à cette orientation une dimension supplémentaire. Ils relient désormais directement, dans le discours des autorités nigériennes, la sécurité intérieure du pays aux tensions diplomatiques extérieures et à la recomposition de ses partenariats internationaux.


