Entre 2018 et 2023, les dépenses publiques d’éducation rapportées au produit intérieur brut ont progressé au Niger et au Mali, tandis qu’elles sont demeurées à un niveau supérieur à 5 % au Burkina Faso. Cette comparaison, construite à partir de la série officielle de la Banque mondiale, éclaire les efforts financiers des trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES). Mais elle ne dit pas, à elle seule, si davantage d’enfants ont pu accéder à une école fonctionnelle, si les enseignants ont été suffisamment formés ou si les apprentissages se sont améliorés.
La dernière année renseignée dans l’extraction utilisée pour cette analyse est 2023. À cette date, le Burkina Faso consacre à l’éducation l’équivalent de 5,33 % de son PIB, contre 4,18 % au Mali et 4,07 % au Niger. Pour 2024 et 2025, la série extraite ne comporte pas de valeurs pour ces trois pays. Une donnée absente ne doit être interprétée ni comme une dépense nulle ni comme une diminution budgétaire.

Photo d’illustration : école publique dans un village du Plateau central (Burkina Faso), 2015. © Anthony Labouriaux / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0. Cette image ne représente pas une situation observée en 2023 et n’illustre pas directement les données financières.
Au Niger, une progression mesurée, avec un recul intermédiaire
Au Niger, l’indicateur passe de 3,45 % du PIB en 2018 à 4,07 % en 2023, soit une augmentation d’environ 0,62 point de pourcentage. Le mouvement n’est pas linéaire. Après 3,53 % en 2019, la part atteint environ 3,82 % en 2020 et 2021, puis recule à 3,71 % en 2022 avant de remonter en 2023. Cette évolution montre pourquoi une lecture fondée sur une seule année peut masquer des changements importants.
La hausse du ratio ne signifie pas automatiquement que les dépenses ont augmenté dans les mêmes proportions en francs CFA. Le pourcentage dépend à la fois des dépenses publiques comptabilisées et de la valeur du PIB. Une variation du dénominateur peut modifier le résultat, même lorsque les montants budgétaires évoluent différemment. Pour apprécier l’effort réel, il faudrait aussi examiner les dépenses exécutées, les prix, la croissance démographique et le nombre d’élèves.
Le Mali franchit le seuil de 4 % du PIB en 2022
La série malienne présente une hausse plus régulière : 2,98 % en 2018, 3,00 % en 2019, 3,34 % en 2020, 3,66 % en 2021, 4,05 % en 2022 et 4,18 % en 2023. Sur l’ensemble de la période, l’écart atteint environ 1,20 point de pourcentage. Le Mali franchit ainsi, dans cette série, le seuil de 4 % en 2022 et reste au-dessus en 2023.
Ce résultat renseigne sur le poids relatif des dépenses publiques d’éducation dans l’économie. Il ne permet pas de conclure à une amélioration uniforme des conditions scolaires. Les écarts entre régions, les déplacements de populations, les besoins d’infrastructures et la continuité de l’enseignement nécessitent d’autres indicateurs et des observations de terrain.
Au Burkina Faso, un niveau élevé, mais une trajectoire fluctuante
Le Burkina Faso présente, sur chacune des six années observées, le ratio le plus élevé des trois pays : 5,49 % en 2018, 5,46 % en 2019, 5,21 % en 2020, 5,25 % en 2021, 5,29 % en 2022 et 5,33 % en 2023. Entre les deux extrémités de la période, la variation est d’environ −0,16 point. Il serait donc inexact de présenter cette trajectoire comme une hausse continue.
La position du Burkina Faso dans ce classement ne démontre pas que son système éducatif offre de meilleurs résultats que ceux de ses voisins. Les dépenses exprimées en pourcentage du PIB ne renseignent directement ni sur la dépense par élève, ni sur la répartition géographique des ressources, ni sur l’état des établissements. Un classement financier n’est pas un classement de qualité de l’éducation.
Comparaison : les trois pays en 2023

Infographie : Œil du Sahel / ODS Data Intelligence, d’après la Banque mondiale, indicateur SE.XPD.TOTL.GD.ZS. Les valeurs sont arrondies à deux décimales. Les séries peuvent être révisées par les producteurs de données.
Évolution des dépenses publiques d’éducation de 2018 à 2023

Évolution annuelle en pourcentage du PIB. Source : Banque mondiale, indicateur SE.XPD.TOTL.GD.ZS ; traitement et visualisation : ODS Data Intelligence / Œil du Sahel.
Un repère international, pas une garantie de résultats
Selon l’Institut de statistique de l’UNESCO, le cadre d’action Éducation 2030 retient comme repère un financement public de l’éducation correspondant à au moins 4 % à 6 % du PIB. En 2023, les trois pays étudiés se situent dans cette fourchette ou à son entrée. Le Niger est légèrement au-dessus de 4 %, le Mali également, tandis que le Burkina Faso dépasse 5 %. Ce repère doit être manié avec prudence : il exprime un engagement financier relatif et ne garantit pas, par lui-même, le respect effectif du droit à l’éducation.
La méthodologie de la Banque mondiale précise que la série englobe en principe les dépenses courantes, les dépenses d’investissement et les transferts publics liés à l’éducation. Certaines déclarations nationales peuvent cependant ne couvrir que les dépenses du ministère chargé de l’Éducation, sans intégrer celles d’autres ministères. Ces différences de périmètre compliquent les comparaisons internationales.
La question décisive : que produisent ces investissements ?
Les trois pays partagent des défis majeurs, notamment le recrutement et la formation des enseignants, la capacité d’accueil des établissements et la continuité de l’apprentissage dans les zones affectées par l’insécurité. L’UNESCO décrit notamment l’écart entre les besoins en enseignants formés et la population d’âge scolaire comme un enjeu central au Sahel. Elle a accompagné, avec un financement européen, un programme régional visant la qualité de l’enseignement et la gouvernance du personnel éducatif.
Pour établir un diagnostic plus complet, il faudrait confronter les ratios financiers aux taux d’achèvement du primaire et du secondaire, à la scolarisation des filles, aux fermetures d’écoles, au nombre d’enseignants qualifiés et aux dépenses par élève. Une telle démarche permettrait de distinguer l’effort budgétaire affiché de l’accès concret à l’éducation. Elle éviterait aussi de réduire le débat à une compétition entre trois pourcentages.
Pourquoi ce pourcentage ne correspond pas à la part du budget national
La confusion est fréquente : consacrer 4 % du PIB à l’éducation ne signifie pas affecter 4 % du budget national à ce secteur. Le premier indicateur rapporte les dépenses éducatives à la richesse produite dans le pays. Le second les rapporte aux dépenses publiques totales. La Banque mondiale suit d’ailleurs séparément cette seconde mesure, sous le code SE.XPD.TOTL.GB.ZS. Pour comparer les arbitrages des gouvernements, il faudrait rapprocher les deux indicateurs et consulter les lois de finances ainsi que les rapports d’exécution budgétaire.
Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’on examine des budgets soumis à des contraintes de sécurité, de santé, de dette ou d’investissement. Une hausse de la part de l’éducation dans le PIB peut coexister avec des tensions sur les ressources disponibles pour les écoles. À l’inverse, une baisse relative ne suffit pas à établir une réduction des dépenses nominales. Les données doivent toujours être replacées dans leur contexte économique.
Une base de comparaison, non un verdict sur les politiques éducatives
Le bilan statistique de 2018 à 2023 fait ressortir trois profils : une progression au Niger, une hausse plus marquée au Mali et un niveau relativement stable, mais élevé, au Burkina Faso. Ces constats sont vérifiables dans les séries retenues. Ils ne permettent toutefois ni de juger l’efficacité de chaque politique nationale, ni d’attribuer les évolutions à un gouvernement ou à un événement particulier sans enquête supplémentaire.
Pour Œil du Sahel, ce premier dossier de données constitue un point de départ. Il ouvre une question plus large : comment mesurer la transformation de ressources publiques en écoles accessibles, en enseignants disponibles et en apprentissages effectifs ? C’est sur cette chaîne, du financement au droit à l’éducation, que devra porter la prochaine étape de l’investigation.
Méthodologie et transparence
Les valeurs proviennent de l’indicateur annuel SE.XPD.TOTL.GD.ZS, produit par l’Institut de statistique de l’UNESCO et diffusé par la Banque mondiale. Périmètre : Niger, Mali et Burkina Faso, 2018–2025 ; seules les observations chiffrées de 2018 à 2023 sont présentées. Les pourcentages ont été arrondis à deux décimales. Les années 2024 et 2025 ne comportaient pas de valeur dans l’extraction archivée. Les données peuvent être révisées ; les conclusions décrivent cette extraction et non une situation budgétaire définitive.
Le fichier source, le CSV nettoyé, les contrôles d’intégrité et le rapport reproductible sont documentés dans le dépôt ODS Data Intelligence et ses artefacts d’exécution. Les calculs portent sur des points de pourcentage, et non sur des taux de croissance des dépenses. Aucun chiffre n’a été interpolé pour les années manquantes.


