Niamey, juillet 2026 — L’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP) du Niger a publié son rapport de l’observatoire des marchés pour le deuxième trimestre de l’année 2025. Ce document fournit des indicateurs précis sur l’état des infrastructures, la dynamique des abonnements et la structure économique des télécommunications au sein d’une population nationale estimée à 28 184 991 habitants par l’Institut National de la Statistique (INS). L’analyse de ces données quantitatives permet de dresser un bilan des acquis, d’identifier les goulets d’étranglement et de mesurer l’impact direct qu’un accès fluide au réseau internet exerce sur le développement socioéconomique du pays.
Une connectivité mobile en croissance, un accès internet en baisse
Le secteur de la téléphonie mobile nigérienne repose sur quatre acteurs principaux : Zamani Com S.A., Celtel Niger S.A. (Airtel), Niger Telecom S.A. et Moov Africa Niger S.A. Au terme du deuxième trimestre 2025, le parc global d’abonnés mobiles affiche une tendance haussière stable, s’établissant à 17 353 642 utilisateurs connectés. Ce chiffre marque une progression de 507 000 usagers par rapport aux 16 846 642 abonnés enregistrés à la clôture du premier trimestre. Cette croissance globale porte le taux de pénétration de la téléphonie mobile à 61,57 % à l’échelle nationale.
La répartition des parts de marché du parc mobile confirme la prédominance de Celtel, qui capte 46,67 % des utilisateurs. Zamani Com occupe la deuxième place avec 24,19 %, talonné par Moov Africa à 23,91 %. L’opérateur historique public, Niger Telecoms, ferme la marche en détenant 5,24 % du marché, bien qu’il enregistre une hausse de 1 % par rapport au trimestre précédent.
Le segment de l’internet mobile présente une trajectoire inverse et contrastée. Le volume global des abonnés à internet a connu un repli structurel majeur. Fin juin 2025, le nombre de lignes disposant d’une connexion active s’élève à 8 413 978. Trois mois plus tôt, ce sous-secteur culminait à 11 222 308 abonnements actifs. Ce recul entraîne une baisse du taux de pénétration de l’internet mobile, qui chute de 40 % à 30 % sur la période. Sur ce marché de la donnée numérique, Celtel maintient sa position de leader avec 58 % des parts de marché, suivi de Moov Africa avec 26 %, de Zamani Telecom à 13 % et de Niger Telecoms à 3 %.
Économie numérique et flux de trafic
Sur le plan financier, les activités des quatre opérateurs ont généré un chiffre d’affaires trimestriel de 69 295 543 063 F CFA. Ce résultat marque une augmentation budgétaire de 2 229 003 507 F CFA par rapport aux 67 066 539 556 F CFA déclarés au premier trimestre. Celtel concentre 49 % des revenus financiers du secteur, suivi par Niger Telecoms (24 %), Zamani Com (14 %) et Moov Africa (13 %). Les investissements cumulés sur le trimestre atteignent 3 938 014 699 F CFA. Ils sont principalement injectés dans la maintenance et l’extension des infrastructures par Celtel, Niger Telecoms et Moov Africa, tandis que Zamani Com affiche une valeur nulle sur ce trimestre précis. En termes d’impact social direct, les télécommunications emploient 1 289 salariés sous contrat (CDI et CDD), parmi lesquels figurent 339 femmes, soit un taux de représentation féminine de 26,29 %.
L’analyse des flux de communication indique que le trafic On-Net (appels intra-réseau) reste majoritaire, totalisant 2 706 912 513 minutes, dominé à 77 % par Celtel. Le trafic Off-Net (inter-réseau) s’élève à 807 891 604 minutes. Les communications internationales entrantes cumulent 15 224 777 minutes, segment sur lequel Niger Telecoms occupe la première place avec 38 % du volume global, malgré sa faible part d’abonnés. Le trafic international sortant s’établit à 10 929 412 minutes.
L’impact d’un accès fluide à internet sur le développement du Niger
Les données de l’ARCEP mettent en évidence un défi technique : le taux global de couverture géographique nationale s’arrête à 34,51 %, laissant de larges portions du territoire hors réseau, bien que 65,76 % de la population soit couverte par au moins un signal mobile GSM. Dans ce contexte, la baisse constatée du taux de pénétration internet de 10 points de pourcentage représente un signal d’alerte pour les décideurs économiques. Un accès fluide, stable et abordable à internet constitue un levier de croissance transversale pour le Niger.
Sur le plan macroéconomique, la fluidification de la connectivité internet accélère la dématérialisation des procédures administratives et commerciales. Elle réduit les coûts de transaction pour les entreprises privées et publiques, favorisant l’émergence d’un écosystème de services. Les services financiers mobiles, de plus en plus dépendants de la connectivité internet pour les applications de seconde génération, permettent l’inclusion bancaire des populations rurales exclues du système bancaire traditionnel. L’accès continu au réseau permet aux commerçants et aux agriculteurs d’obtenir en temps réel les cours des marchés régionaux, optimisant la chaîne de valeur agricole qui fait vivre la majorité des actifs nigériens.
Dans les secteurs sociaux, l’impact de la fluidité d’internet s’avère tout aussi mesurable. En matière d’éducation, une bande passante stable permet le déploiement de programmes d’enseignement à distance et l’accès aux bases de données universitaires mondiales pour les étudiants des universités publiques de Niamey, Zinder ou Maradi. Dans le domaine de la santé, le développement de la télémédecine offre une réponse concrète à la pénurie de spécialistes médicaux dans les régions de l’intérieur, permettant des consultations à distance et un suivi épidémiologique rigoureux.
La réduction de la fracture numérique, caractérisée ici par un taux de pénétration internet qui stagne à 30 %, nécessite une continuité des investissements. Pour que l’économie nigérienne bénéficie pleinement de la transformation numérique, l’extension de la couverture réseau géographique (actuellement à 34,51 %) et la baisse des coûts d’accès à la donnée internet demeurent des priorités sectorielles claires. L’optimisation des infrastructures existantes par les quatre opérateurs licenciés constitue la condition technique essentielle pour transformer le potentiel démographique du Niger en valeur économique mesurable.


