ÉCONOMIE ET MINES | NIGER
Dans la région d’Agadez, le projet uranifère Dasa entre dans une nouvelle phase de son développement. Portée par la compagnie canadienne Global Atomic, en partenariat avec l’État du Niger, cette exploitation représente un investissement estimé à près de 777 millions de dollars. Le 16 septembre 2026, l’approbation d’une facilité de crédit de 414,2 millions de dollars par une institution publique américaine a marqué une étape dans son financement. Mais l’argent n’est pas encore décaissé : plusieurs conditions restent à remplir.
Dasa, un nouveau complexe uranifère au cœur de la région d’Agadez
À environ 105 kilomètres au sud d’Arlit et 40 kilomètres au nord de Tchirozérine, le projet Dasa prend progressivement forme dans le bassin uranifère de Tim Mersoï, au nord du Niger. Situé dans le périmètre du permis Adrar Emoles III, à proximité du village de Tagaza, le gisement a été découvert en 2010 à la suite de prospections menées par Global Atomic Fuels Corporation, filiale du groupe canadien Global Atomic Corporation.
L’appellation Dasa provient de l’expression anglaise Dajy Area Surface Anomaly, qui renvoie à l’anomalie radiométrique de surface ayant conduit à son identification. Le projet prévoit une mine souterraine et des installations de traitement destinées à produire du concentré d’uranium, ou yellowcake. La capacité nominale annoncée de l’usine est de 1 000 tonnes de minerai par jour. Global Atomic présente Dasa comme un gisement d’uranium à haute teneur particulièrement important en Afrique.
Global Atomic et l’État nigérien, les deux actionnaires de la SOMIDA
L’exploitation est confiée à la Société minière de Dasa SA (SOMIDA), entreprise de droit nigérien créée le 11 août 2022. Global Atomic Corporation détient 80 % du capital de la SOMIDA, tandis que la République du Niger en possède 20 %. Concrètement, sur 100 actions de la société exploitante, 80 reviennent à la compagnie canadienne et 20 à l’État nigérien. Cette répartition fait de Global Atomic l’actionnaire majoritaire et de l’État du Niger son partenaire minoritaire au capital. Elle porte sur la propriété de la SOMIDA et ne signifie pas que les recettes futures de la mine seront automatiquement partagées dans ces mêmes proportions.
Cette participation publique donne au Niger un intérêt direct dans la société exploitante. Elle ne se confond pas avec les impôts, redevances ou éventuels dividendes. Hannam & Partners intervient comme conseiller financier de Global Atomic ; la DFC américaine, elle, est un bailleur potentiel et non un actionnaire annoncé de la SOMIDA.
De la découverte du gisement à la construction de la mine
L’histoire du projet remonte aux conventions minières initiales conclues en 2007. Après la découverte de 2010, des campagnes de forage conduisent à une première estimation officielle des ressources en 2019. Le projet obtient son autorisation minière en 2020. La création de la SOMIDA puis le lancement officiel des travaux, le 5 novembre 2022, marquent le passage à la construction.
En 2023, une nouvelle estimation relève les ressources indiquées, entraînant une révision du plan minier. L’étude de faisabilité actualisée en 2024 prévoit une production de 68,1 millions de livres d’oxyde d’uranium U₃O₈ sur une durée d’exploitation initiale d’environ 23 ans. Les travaux de 2024 et 2025 portent notamment sur les galeries, les fondations de l’usine de traitement, l’usine d’acide et les installations de soutien. En septembre 2026, Global Atomic indique que les travaux souterrains ont atteint la zone minéralisée. La production commerciale reste prévue pour le second semestre 2028.
Près de 777 millions de dollars pour un projet appelé à durer plus de vingt ans
Dans une mise à jour financière publiée le 18 septembre 2026, Global Atomic estime le coût total du projet à environ 777,2 millions de dollars américains, frais financiers et provision pour imprévus compris. La compagnie annonce avoir investi 228,5 millions de dollars au 30 juin 2026. Il s’agit d’un budget de développement, non du montant déjà disponible ou de revenus attendus.
Le plan minier initial couvre environ 23 ans d’exploitation. Une prolongation éventuelle dépendra des ressources confirmées, de la rentabilité et de nouvelles décisions d’investissement. La date de mise en production au second semestre 2028 demeure un objectif industriel, et non une garantie.
La DFC approuve une facilité de 414,2 millions de dollars : que signifie cette décision ?
Le 16 septembre 2026, Global Atomic annonce que le conseil d’administration de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC), institution publique américaine de financement du développement, a approuvé une facilité de crédit allant jusqu’à 414,2 millions de dollars. Selon la mise à jour financière du 18 septembre, elle comprend un prêt principal maximal de 397,4 millions et une enveloppe de 16,8 millions pour d’éventuels dépassements de coûts.
Cette approbation ne constitue pas un décaissement. La compagnie précise que l’accès à la facilité et tout versement restent soumis à plusieurs conditions ; elle ne garantit ni leur réalisation ni leur calendrier. Global Atomic indique notamment que le prêt principal devrait pouvoir être tiré après la dépense du solde des fonds propres requis, évalué à 152,7 millions de dollars.
Des conditions juridiques, financières et logistiques à satisfaire
La DFC demande notamment l’identification d’un itinéraire viable pour exporter le yellowcake, la prolongation de la convention et du permis miniers sur une durée compatible avec le crédit, des assurances sur les autorisations gouvernementales nécessaires au remboursement des prêts et un accord direct avec l’État nigérien. La documentation définitive du financement doit encore être négociée et ses conditions préalables satisfaites.
Le montage prévoit aussi l’émission de bons de souscription d’actions ordinaires de Global Atomic au profit de la DFC, selon des modalités restant à définir et sous réserve des autorisations réglementaires. Il ne s’agit pas d’une entrée déjà réalisée de la DFC au capital de la SOMIDA.
L’exportation du yellowcake, un défi décisif
Le projet devra acheminer son concentré d’uranium vers ses clients internationaux. Le dossier documentaire évoque une option logistique passant par l’Algérie, mais le communiqué du 16 septembre n’atteste pas qu’un corridor a été définitivement validé : la recherche d’une route viable demeure explicitement une condition du financement. Les possibilités de transport concernent ainsi à la fois la commercialisation future et la mobilisation des capitaux.
Quelles retombées économiques pour le Niger ?
La participation de l’État nigérien à la SOMIDA ouvre la perspective de dividendes éventuels, auxquels pourraient s’ajouter les recettes fiscales, les emplois et les marchés de sous-traitance. Leur importance effective dépendra des volumes produits, des prix de vente, des coûts et des règles fiscales applicables. La gestion des eaux, des résidus et des risques radiologiques appelle parallèlement un suivi environnemental et sanitaire ; des organisations de la société civile ont demandé davantage de transparence sur les impacts et les retombées du projet.
Dasa à l’épreuve de ses prochaines échéances
Seize ans après la découverte du gisement, Dasa a franchi les étapes de l’exploration, des autorisations, de la création de la SOMIDA et du développement souterrain. L’approbation du crédit américain ouvre une perspective financière, mais ne règle pas à elle seule l’achèvement du chantier. La mobilisation effective des fonds, la sécurisation de l’exportation, la prolongation des autorisations et la construction des installations détermineront si l’objectif de production commerciale au second semestre 2028 peut être tenu.


