SURTITRE — AES ONU 2026 | 81e Assemblée générale des Nations unies
À New York, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont porté des messages largement convergents sur la souveraineté, la sécurité, la maîtrise des ressources et la réforme du multilatéralisme. Au-delà de trois prises de parole nationales, la séquence onusienne révèle surtout la volonté de la Confédération des États du Sahel de construire une diplomatie commune et de l’inscrire dans le débat international.
De trois diplomaties nationales à une parole confédérale
La convergence affichée à la tribune de l’ONU n’est pas fortuite. Avant les interventions nationales, les chefs de la diplomatie du Burkina Faso, du Mali et du Niger, ainsi que leurs représentants à Washington et à New York, se sont réunis pour coordonner leur participation à la 81e session. Selon le Service d’information du Gouvernement burkinabè, cette concertation devait notamment permettre aux délégations de s’accorder sur les éléments de langage et d’assurer une cohérence dans leurs différentes interventions.
Cette préparation donne une clé de lecture essentielle aux discours prononcés à New York. Les trois États ne se contentent plus de défendre séparément des orientations proches : ils cherchent progressivement à faire émerger un niveau diplomatique confédéral. La participation de l’AES à un événement parallèle organisé au siège des Nations unies, consacré à la dynamique confédérale, s’inscrit dans cette logique.
Le Mali a également inscrit son intervention dans cette dynamique. Dans la déclaration portée par Abdoulaye Diop, Bamako présente ses orientations nationales tout en reliant sa politique étrangère à la nouvelle configuration géopolitique créée par la Confédération AES. Le Burkina Faso, de son côté, a publié sa déclaration à la 81e session, donnant une dimension supplémentaire à cette parole coordonnée.
La souveraineté comme principe organisateur
Le premier dénominateur commun des trois prises de parole est la souveraineté. Mais le terme est employé dans une acception beaucoup plus large que la seule indépendance territoriale. Il englobe la sécurité, la politique extérieure, les alliances, les ressources naturelles et les choix économiques.
Dans son intervention, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine présente le Niger comme un État déterminé à défendre sa souveraineté tout en restant attaché à la coopération entre les nations. La transcription officielle des Nations unies montre que Niamey relie directement cette souveraineté à la défense des institutions, à la sécurité nationale et à la capacité du pays à déterminer ses partenariats.
Le Mali développe une logique comparable. Sa diplomatie insiste sur la maîtrise des choix stratégiques, le respect de l’intégrité territoriale et la recherche de partenariats reposant sur le respect mutuel. Le message est moins celui d’un retrait des relations internationales que celui d’une redéfinition de leurs conditions.
Cette conception extensive constitue désormais l’un des socles idéologiques de l’AES : être souverain signifie non seulement contrôler son territoire, mais également disposer d’une capacité autonome de décision en matière de sécurité, d’économie et de diplomatie.
La sécurité au cœur de la doctrine AES
Le deuxième pilier est sécuritaire. Les trois États placent la lutte contre les groupes armés au centre de leur argumentaire international et présentent la crise du Sahel comme un phénomène dont les causes et les ramifications dépassent leurs frontières.
À la tribune, Ali Mahaman Lamine Zeine est revenu sur les événements survenus à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août 2026. Il a indiqué que des investigations étaient en cours afin d’établir les circonstances, les responsabilités et d’éventuels soutiens internes ou externes. Ces éléments constituent la position officielle exprimée par le Niger ; les responsabilités évoquées restent donc à distinguer des faits qui pourront être établis par les investigations annoncées.
Le Mali inscrit également son discours dans une lecture géopolitique de la crise sécuritaire. Bamako considère que les transformations intervenues dans la région depuis la guerre de Libye ont contribué à l’instabilité du Sahel et dénonce régulièrement ce qu’il présente comme des ingérences ou des soutiens extérieurs aux groupes armés. Là encore, les accusations précises formulées par les autorités doivent être attribuées à leurs auteurs lorsqu’elles ne sont pas établies par des éléments indépendants accessibles.
La ligne commune est néanmoins claire : pour l’AES, la réponse sécuritaire doit être conçue et conduite en priorité par les États sahéliens eux-mêmes.
La Force unifiée, traduction militaire du projet confédéral
Cette doctrine s’accompagne de la construction d’instruments communs. Dans son discours, le Niger met en avant la Force unifiée de l’AES comme l’un des marqueurs de l’intégration sécuritaire des trois pays.
L’enjeu dépasse la seule coopération militaire ponctuelle. L’AES cherche à transformer une solidarité née de la crise sécuritaire en architecture institutionnelle durable. La Force unifiée doit ainsi être comprise aux côtés d’autres dispositifs communs : coordination diplomatique, mécanismes de financement, circulation des personnes et coopération sectorielle.
La présence du Premier ministre nigérien et des ministres des Affaires étrangères des trois États à un événement consacré à l’AES au siège de l’ONU illustre cette volonté de présenter la Confédération comme un projet politique global, et non comme une simple coalition militaire.
Les ressources naturelles au centre de la souveraineté économique
La convergence apparaît également sur le terrain économique. Dans les discours de l’AES, la souveraineté politique est désormais indissociable de la maîtrise des ressources naturelles et de la capacité à financer le développement sur des bases jugées plus autonomes.
Le Niger accorde une place particulière à cette question. À l’ONU, Ali Mahaman Lamine Zeine a défendu la politique de reprise en main des ressources stratégiques et la volonté de Niamey de disposer d’une plus grande maîtrise de leur commercialisation. Cette orientation s’inscrit dans un mouvement plus large au sein de l’AES.
En août 2026, les ministres chargés de l’énergie, des mines, des carrières et du pétrole des trois pays se sont réunis à Ouagadougou. Le gouvernement burkinabè présentait alors les ressources énergétiques et minières comme des leviers de souveraineté économique, d’industrialisation et de développement confédéral.
Le Mali défend de son côté une mobilisation accrue des ressources internes et une transformation locale plus importante. Une doctrine économique commune se dessine ainsi : augmenter la valeur créée sur place, renforcer les capacités nationales et confédérales et réduire la dépendance aux mécanismes extérieurs de financement.
Coopérer avec tous, mais selon de nouvelles conditions
Les allocutions ne présentent pas officiellement l’AES comme un espace souhaitant se couper du système international. Elles défendent plutôt une diversification des partenariats et une modification des rapports avec les partenaires traditionnels.
Le Niger affirme son attachement à la coopération entre les nations. Le Mali poursuit parallèlement des consultations avec plusieurs partenaires. À New York, Abdoulaye Diop s’est entretenu avec des responsables de la Russie, de l’Égypte et des Nations unies, mais également avec des représentants du Nigeria, du Ghana, de l’Algérie, de Cuba, du Nicaragua et de l’Organisation de la coopération islamique. Ces rencontres, documentées par le gouvernement malien, montrent une stratégie de diversification plutôt qu’un alignement diplomatique exclusif.
Le principe affiché consiste à coopérer avec les partenaires disposés à accepter les priorités politiques, sécuritaires et économiques définies par les trois gouvernements. La notion de « partenariat mutuellement bénéfique » devient ainsi un élément récurrent du vocabulaire diplomatique sahélien.
L’AES veut peser sur la réforme de l’ordre international
La dimension la plus ambitieuse des discours concerne la gouvernance mondiale. Les États de l’AES reprennent notamment les revendications africaines sur la réforme du Conseil de sécurité et la représentation du continent dans les institutions internationales.
Le Niger a relié son plaidoyer à la question plus générale de l’équité du système multilatéral. La critique ne porte donc pas sur l’existence de l’ONU elle-même, mais sur la distribution du pouvoir au sein de ses institutions et sur ce que les autorités sahéliennes considèrent comme une application inégale des principes internationaux.
Cette posture permet à l’AES de dépasser son propre cadre régional. En soutenant des revendications déjà portées à l’échelle africaine, les trois États tentent d’inscrire leur discours souverainiste dans un débat continental plus ancien sur la représentation de l’Afrique, le financement du développement et la réforme des institutions issues de l’après-Seconde Guerre mondiale.
Une diplomatie confédérale en construction
La séquence new-yorkaise constitue ainsi un test grandeur nature pour la diplomatie de l’AES. Elle montre une coordination plus structurée, des thèmes communs et une volonté de présenter les transformations institutionnelles en cours comme les différentes composantes d’un même projet.
Cette convergence ne signifie pas que le Niger, le Mali et le Burkina Faso disposent d’une politique étrangère identique sur tous les dossiers. Chacun conserve ses intérêts nationaux, ses relations bilatérales et ses propres priorités. Mais un niveau supplémentaire est désormais visible : celui de la diplomatie confédérale.
La question centrale devient alors celle de la traduction concrète de cette parole commune. La crédibilité internationale de l’AES dépendra de sa capacité à transformer les orientations affichées à New York en résultats mesurables : amélioration de la sécurité, fonctionnement effectif des institutions communes, financement des projets, intégration économique et capacité à maintenir des relations opérationnelles avec ses voisins et ses partenaires.
De l’alliance sécuritaire au projet géopolitique
À l’ONU, l’AES a voulu montrer qu’elle ne se définit plus uniquement par la coopération militaire entre trois États confrontés au terrorisme. Elle cherche désormais à se présenter comme un acteur politique collectif disposant d’une conception propre de la souveraineté, du développement et des relations internationales.
Sécurité commune, maîtrise des ressources, diversification diplomatique et réforme du multilatéralisme forment les quatre piliers les plus visibles de cette doctrine émergente.
New York n’en constitue cependant qu’une étape. Le véritable test se jouera dans la capacité du Niger, du Mali et du Burkina Faso à institutionnaliser cette convergence et à démontrer que la parole commune portée devant les Nations unies peut produire des politiques communes durables.


