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Avec la montée en puissance des exportations pétrolières, le développement de Dasa, la relance de Madaouela et les nouvelles explorations à Kafra, le Niger pourrait connaître une profonde transformation de son économie extractive. À court terme, pétrole et investissements miniers peuvent soutenir la croissance, les recettes publiques et les exportations. À plus long terme, l’enjeu sera différent : transformer cette rente en infrastructures, emplois, compétences et secteurs productifs capables de soutenir durablement l’économie nationale.
Le Niger pourrait être à l’entrée d’une nouvelle séquence de son histoire économique. Après plusieurs décennies durant lesquelles l’uranium constituait l’un de ses principaux produits miniers d’exportation, la montée en puissance du pétrole et le développement de nouveaux projets uranifères modifient progressivement la structure de l’économie extractive nationale.
Cette évolution est déjà perceptible dans les indicateurs macroéconomiques. Selon le Fonds monétaire international, la croissance économique du Niger s’est établie à 6,9 % en 2025 et devrait atteindre 7 % en 2026, principalement portée par l’agriculture et le secteur extractif.
La Banque mondiale retient également une croissance soutenue, tout en utilisant des hypothèses légèrement différentes de celles du FMI. Les deux institutions convergent cependant sur un constat : le pétrole est devenu l’un des moteurs importants de la croissance nigérienne.
Cette transformation pourrait prendre une autre dimension avec trois projets actuellement à des stades très différents : Dasa et Madaouela pour l’uranium, et Kafra pour le pétrole.
Le pétrole produit déjà des effets mesurables sur la croissance
Contrairement à Dasa, Madaouela et surtout Kafra, dont une partie des retombées appartient encore au futur, le Niger dispose désormais d’une expérience concrète de l’effet macroéconomique d’une augmentation de la production et des exportations pétrolières.
D’après les dernières données du FMI, 40,8 millions de barils de pétrole brut ont été exportés entre janvier 2025 et mai 2026 par le terminal de Sèmè au Bénin.
Cette dynamique intervient après le changement d’échelle enregistré en 2024. Cette année-là, selon la Banque mondiale, l’économie nigérienne avait progressé de 8,4 %, contre 2 % en 2023, une accélération attribuée principalement au démarrage des exportations pétrolières à grande échelle et à une bonne campagne agricole.
Le premier enseignement est donc important : lorsqu’un projet extractif atteint effectivement la production et l’exportation, son influence dépasse largement le secteur concerné. L’augmentation des exportations apporte des devises, élargit potentiellement l’assiette des recettes publiques et génère une activité autour du transport, de la logistique, de la maintenance et des infrastructures.
Dasa pourrait ouvrir un nouveau cycle de production d’uranium
Parmi les nouveaux projets, Dasa est actuellement l’un des plus avancés. Situé dans la région d’Agadez, le projet Dasa est porté par la Société minière de Dasa (SOMIDA). Global Atomic détient 80 % de la société tandis que l’État nigérien possède les 20 % restants.
L’investissement total du projet est actuellement évalué à environ 777,2 millions de dollars. Selon les données publiées par Global Atomic, le plan minier prévoit une production de 68,1 millions de livres d’U₃O₈ sur 23 ans.
Pour le Niger, les retombées potentielles pourraient emprunter plusieurs canaux : fiscalité minière, redevances, impôts sur les bénéfices et les salaires, dividendes éventuels liés à la participation de l’État, emplois directs et indirects et marchés attribués aux entreprises nationales. Ces recettes dépendront néanmoins des volumes réellement extraits, des coûts d’exploitation, des cours de l’uranium, du régime fiscal applicable et de la rentabilité effective du projet.
Madaouela : une participation de 40 % pour l’État
Le deuxième grand projet uranifère est Madaouela, relancé à travers une nouvelle convention conclue en septembre 2026. La nouvelle configuration de Madaouela attribue 40 % du projet à l’État nigérien et 60 % à Atomic Eagle, qui conserve le contrôle opérationnel.
La convention prévoit également une redevance forfaitaire initiale de 10 millions de dollars, ainsi que des engagements en matière de développement local, de contenu local et de renforcement des capacités de l’administration minière. Environ 1 000 emplois au profit des jeunes Nigériens sont annoncés dans le cadre du développement du projet.
Atomic Eagle présente actuellement le projet comme disposant d’une estimation historique de 116,5 millions de livres d’U₃O₈. Cette donnée doit être maniée avec précaution : elle ne doit pas être assimilée à autant d’uranium immédiatement exploitable ou commercialisable.
Dasa et Madaouela pourraient élargir la base des exportations
Le véritable intérêt économique de ces deux projets apparaît lorsqu’ils sont considérés ensemble. Dasa pourrait apporter une nouvelle capacité de production de longue durée. Madaouela pourrait compléter cette capacité tout en donnant à l’État une participation directe de 40 % dans le projet.
Si les deux mines atteignent effectivement leur phase industrielle, le Niger disposerait de nouveaux volumes d’uranium commercialisables pendant plusieurs décennies. Mais la valeur économique finale dépendra des quantités réellement produites, des prix de vente, des contrats conclus, des coûts d’exploitation et de transport, de la fiscalité et de la sécurisation des corridors d’exportation.
Kafra : un potentiel pétrolier considérable, mais encore incertain
Le projet de Kafra se situe dans une catégorie différente. Le chiffre de 2,5 milliards de barils présenté en septembre 2026 attire naturellement l’attention. Mais le potentiel pétrolier de Kafra ne correspond pas à 2,5 milliards de barils de réserves prouvées.
Il s’agit de ressources prospectives identifiées à partir des données géologiques et géophysiques et qui doivent encore être confirmées par les forages. Le bloc comporte également environ 255 millions de barils de réserves 2P associés à des découvertes précédentes, ainsi qu’un réservoir distinct d’huile lourde estimé à environ 168 millions de barils.
Il serait donc prématuré d’intégrer aujourd’hui les 2,5 milliards de barils dans une estimation des futures recettes pétrolières du Niger. En revanche, si les forages confirmaient une découverte commercialement exploitable à grande échelle, Kafra pourrait devenir un important relais de croissance du secteur pétrolier.
À court terme : investissement, exportations et recettes publiques
Entre aujourd’hui et la fin de la décennie, les retombées économiques potentielles de cette montée en puissance extractive peuvent être regroupées autour de trois mécanismes : l’investissement, l’augmentation des exportations et les finances publiques.
La construction des mines, des installations de traitement, des infrastructures énergétiques et logistiques injecte des capitaux dans l’économie avant même la première exportation. Impôts, redevances minières et pétrolières, dividendes liés aux participations publiques et autres prélèvements peuvent ensuite augmenter les ressources dont dispose l’État.
Il serait néanmoins méthodologiquement imprudent d’en déduire que Dasa, Madaouela et Kafra ajouteront automatiquement plusieurs points de PIB. Leurs calendriers sont différents et Kafra demeure, à ce stade, principalement un projet d’exploration.
À long terme, le véritable enjeu sera l’utilisation de la rente
L’augmentation du PIB ne constitue cependant qu’une partie de l’équation. Une économie peut exporter davantage de pétrole ou d’uranium sans que l’amélioration du niveau de vie de sa population progresse dans les mêmes proportions.
Le principal enjeu pour le Niger sera donc de transformer les revenus extractifs en capital productif. Les recettes provenant du pétrole et de l’uranium peuvent contribuer au financement des infrastructures électriques, des routes, de l’irrigation, de l’éducation, de la santé, de la formation professionnelle ou de projets industriels.
Le scénario économique le plus favorable ne serait donc pas simplement celui d’un Niger produisant davantage d’uranium et de pétrole. Ce serait celui dans lequel les revenus de l’uranium et du pétrole servent progressivement à financer la diversification de l’économie nationale.
Le contenu local, deuxième bataille économique
Une autre question déterminera l’impact réel de ces projets : quelle proportion de la valeur créée restera au Niger ?
Transport, restauration, construction, maintenance industrielle, génie civil, sécurité, logistique, services numériques, équipements et formation peuvent constituer une deuxième économie autour des grands projets extractifs.
L’impact économique réel devra donc être mesuré non seulement en barils ou en livres d’uranium exportés, mais également en emplois nigériens qualifiés, marchés attribués aux entreprises nationales, dépenses locales et transferts de compétences.
Le risque d’une nouvelle dépendance
Plus le pétrole et l’uranium prendront de poids dans les exportations et les recettes publiques, plus l’économie nigérienne pourra être exposée aux variations des cours internationaux et aux perturbations affectant les infrastructures d’exportation. La prudence dans la gestion des recettes sera donc aussi importante que leur augmentation.
De pays producteur à économie de ressources ?
Le Niger dispose aujourd’hui d’une combinaison rarement réunie dans son histoire économique récente. Le pétrole est déjà exporté à grande échelle. Dasa pourrait devenir une nouvelle mine d’uranium exploitée pendant plus de vingt ans. Madaouela vient d’être relancé avec une participation publique portée à 40 %. Et Kafra pourrait, si les forages confirmaient son potentiel, élargir davantage la base pétrolière nationale.
Le pétrole actuellement exporté constitue une réalité économique. Dasa est un projet minier avancé mais encore en développement. Madaouela vient d’entrer dans une nouvelle phase de préparation. Kafra demeure principalement un pari d’exploration dont l’ampleur reste à confirmer.
À court terme, les industries extractives peuvent donc continuer à soutenir fortement la croissance, les exportations, les investissements et les recettes publiques. À long terme, leur contribution devra être jugée autrement.
La question ne sera plus seulement de savoir combien de barils de pétrole ou de livres d’uranium le Niger aura exportés, mais ce qu’il aura construit avec les revenus correspondants.
Énergie, routes, irrigation, industrie, entreprises nationales, formation, capital humain et diversification productive détermineront si cette nouvelle séquence extractive restera une période de forte croissance ou deviendra le point de départ d’une transformation structurelle de l’économie nigérienne.


