Niger : de la saisie d’Agadez à la traque des réseaux, l’offensive contre le trafic de cocaïne

LUTTE CONTRE LE NARCOTRAFIC

Trafic de cocaïne au Niger — illustration de briques de cocaïne saisies par la police portugaise à Lisbonne
Des briques de cocaïne saisies par les autorités portugaises et présentées au siège de la Police judiciaire à Lisbonne, le 2 mai 2023. Photo : Patricia de Melo Moreira / AFP.

La lutte contre le trafic de cocaïne au Niger connaît une nouvelle séquence après la saisie de 50,72 kg de cocaïne dans la région d’Agadez en septembre 2026. Cette opération intervient après plusieurs saisies majeures à Gaya et à Zinder. Elle montre une stratégie qui ne consiste plus seulement à intercepter les cargaisons. Les services nigériens cherchent aussi à identifier les organisateurs présumés, leurs circuits logistiques, leurs avoirs et les relais qui permettent à ces réseaux de fonctionner au-delà des frontières.

Trafic de cocaïne au Niger : plus de 50 kg interceptés à Agadez

Le 14 septembre 2026, un détachement de la Gendarmerie nationale engagé dans l’opération AKASSE Garkoua/Tchibarkattan a intercepté un véhicule à environ quinze kilomètres du village de RTA, dans la région d’Agadez.

À bord, les agents ont découvert 45 plaquettes d’un produit identifié par les premiers tests comme étant de la cocaïne. Le poids total était de 50,72 kg, selon les informations communiquées par les autorités.

Trois ressortissants nigériens ont été interpellés. Le Toyota Hard-Top utilisé pour le transport portait une immatriculation algérienne. Trois téléphones portables, une clé USB et plusieurs autres effets ont aussi été saisis.

Les suspects et les produits ont d’abord été conduits vers les services de police d’Arlit. Ils ont ensuite été transférés à l’antenne régionale de l’OCRTIS à Agadez pour la suite de l’enquête.

Les tests effectués à Arlit puis à Agadez se sont révélés positifs à la cocaïne. Un échantillon a toutefois été envoyé à la Police technique et scientifique pour une caractérisation définitive. La cargaison est évaluée à environ 2,57 milliards de FCFA.

À ce stade, l’origine et la destination finale de la drogue n’ont pas été rendues publiques. L’immatriculation algérienne du véhicule constitue un élément d’enquête. Elle ne suffit pas, à elle seule, à établir que l’Algérie était la destination du chargement.

Une lutte qui va au-delà des seules saisies

L’affaire d’Agadez prend une autre dimension lorsqu’elle est rapprochée des opérations menées depuis 2025.

Le 29 septembre 2025, à Gaya, près de la frontière avec le Bénin, les agents de l’OCRTIS avaient découvert 51,7 kg de cocaïne. La drogue était répartie en 47 briques et dissimulée sous la carrosserie d’un Toyota Highlander.

L’enquête avait permis de reconstituer une partie du circuit de la cargaison. Le véhicule venait d’Accra, au Ghana. Selon les investigations policières, la cocaïne devait être acheminée vers Niamey pour y être reconditionnée. Elle devait ensuite remonter vers Agadez puis le Maghreb.

Le conducteur avait été arrêté à Gaya. Deux autres personnes avaient ensuite été interpellées à Niamey. Dans le même temps, les recherches se poursuivaient contre d’autres suspects au Niger et dans plusieurs pays de la sous-région.

L’enquête avait aussi porté sur des biens susceptibles d’être liés au réseau. Quatre maisons de standing avaient notamment été identifiées ou saisies, avec des véhicules et des documents immobiliers.

Ce volet patrimonial est important. L’objectif ne consiste pas seulement à immobiliser la drogue et les véhicules utilisés pour son transport. Les enquêteurs cherchent aussi à identifier les circuits financiers et patrimoniaux qui pourraient soutenir les activités criminelles.

Le dossier avait finalement été transmis au Pôle judiciaire spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée. Les autorités avaient évoqué des soupçons de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. À ce stade, aucune décision judiciaire définitive ne permettait toutefois de considérer ces liens comme établis.

Zinder : 268 kg et un changement d’échelle

Quelques mois plus tard, le Niger enregistrait une opération d’une ampleur inédite.

En mai 2026, l’OCRTIS a saisi à Zinder 268,045 kg de cocaïne. La drogue était conditionnée en 233 briques et cachée dans des compartiments aménagés sous la remorque d’un camion.

L’opération, présentée comme une saisie record, s’est soldée par l’interpellation de huit personnes.

Les investigations ont permis de reconstituer un itinéraire plus large : Accra–Lomé–Kandi–Sokoto–Birni N’Konni–Maradi–Zinder, avec une destination présumée vers la Libye.

Cette affaire a surtout permis aux enquêteurs de faire le rapprochement avec la saisie de Gaya de septembre 2025.

Selon la police nigérienne, un même chef présumé de réseau, recherché au niveau international, serait associé à l’introduction des 51,7 kg interceptés à Gaya et à la cargaison de 268 kg découverte à Zinder.

Ce lien entre deux dossiers séparés de plusieurs mois donne une autre lecture du phénomène. Il suggère l’existence de réseaux capables d’organiser plusieurs convois, de varier leurs itinéraires et d’utiliser différents points d’entrée au Niger.

2025 : au moins 54,805 kg précisément documentés

La recherche consacrée aux saisies de drogue au Niger en 2025 permet de mieux situer cette évolution.

Deux affaires de cocaïne peuvent être attribuées avec un haut degré de certitude à cette année.

La première s’est déroulée à Agadez. Deux ressortissants nigérians présentés comme membres présumés d’un réseau international avaient transporté 170 boulettes de cocaïne par ingestion, pour un poids total de 3,105 kg. Le réseau avait été présenté aux autorités en juin 2025.

La seconde est l’affaire de Gaya, avec 51,7 kg.

À elles deux, ces opérations représentent 54,805 kg de cocaïne documentés individuellement pour l’année 2025.

Un bilan de l’OCRTIS relayé par la télévision publique fait cependant état de 69 kg de cocaïne saisis au niveau national en 2025.

La différence entre les 54,805 kg documentés affaire par affaire et les 69 kg du bilan institutionnel est de 14,195 kg. Faute de ventilation publique détaillée, il serait hasardeux d’attribuer cet écart à une opération précise.

Ces chiffres doivent donc être lus avec prudence. Une hausse des quantités saisies ne signifie pas automatiquement que le trafic progresse dans les mêmes proportions. Elle peut aussi traduire une amélioration du renseignement, un renforcement des contrôles ou l’interception exceptionnelle d’une cargaison importante.

« Tsaron Kassa », 171,5 kg à traiter avec précaution

La même prudence s’impose pour un autre chiffre souvent associé à la lutte contre le trafic dans la région d’Agadez.

Le bilan de la deuxième phase de l’opération « Tsaron Kassa » présenté en janvier 2025 faisait état de 171,5 kg de cocaïne.

Mais l’opération avait commencé le 16 juillet 2024. Les informations publiques disponibles ne permettent pas de déterminer quelle partie de ces 171,5 kg a été saisie en 2024 et quelle partie aurait éventuellement été interceptée au début de 2025.

Une incinération organisée à Agadez en juillet 2025 a ensuite concerné ces 171,5 kg. Les 3,105 kg découverts dans l’affaire des 170 boulettes ont été ajoutés à ce stock.

Le total détruit atteignait alors 174,605 kg. Cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble de cette quantité avait été saisi pendant la seule année 2025.

Des routes qui se déplacent face aux contrôles

Les différentes opérations montrent surtout la capacité d’adaptation des trafiquants.

Le dossier de Gaya a documenté un corridor partant du Ghana, entrant au Niger par le sud-ouest et utilisant Niamey comme point prévu de reconditionnement. La cargaison devait ensuite remonter vers Agadez puis le Maghreb.

L’affaire de Zinder révèle une autre voie. Elle passe par le Togo, le Bénin et le Nigeria avant d’entrer au Niger par Birni N’Konni.

Ces itinéraires s’inscrivent dans des corridors régionaux documentés depuis plusieurs années entre les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, le Sahel, l’Algérie et la Libye.

Les réseaux criminels ne suivent donc pas une route unique. Ils peuvent déplacer leurs flux selon les contrôles, la situation sécuritaire et la pression exercée sur les anciens itinéraires.

Des passeurs individuels aux poids lourds aménagés

Les modes opératoires montrent aussi une forte diversité.

À Agadez, en juin 2025, la cocaïne avait été transportée par des individus ayant ingéré 170 boulettes.

À Gaya, 51,7 kg avaient été cachés sous la carrosserie d’un SUV.

À Zinder, plus de 268 kg avaient été dissimulés dans des compartiments spécialement aménagés sur un poids lourd.

Le Niger a aussi été confronté au transport aérien de cocaïne. En décembre 2023, 12,145 kg avaient été saisis à l’aéroport international Diori Hamani.

Cette diversité oblige les services chargés de la lutte antidrogue à surveiller plusieurs fronts à la fois : frontières terrestres, grands axes routiers, corridors sahariens et infrastructures aéroportuaires.

Remonter vers les commanditaires et les complices

Les opérations récentes montrent une évolution dans la réponse des autorités nigériennes.

L’interception de la marchandise n’est qu’une première étape. Les investigations se poursuivent vers les commanditaires présumés, les organisateurs logistiques, les propriétaires de biens susceptibles d’être liés au trafic et les relais qui permettent aux cargaisons de traverser plusieurs pays.

Dans l’affaire de Gaya, les recherches avaient ainsi dépassé le conducteur arrêté avec la drogue. Elles avaient aussi visé plusieurs suspects et des actifs immobiliers.

Dans l’affaire de Zinder, l’enquête a cherché à établir les connexions entre plusieurs opérations et à identifier le responsable présumé d’un dispositif transnational.

Après la récente saisie d’Agadez, le gouverneur de la région, Ibra Boulama Issa, a appelé au renforcement des patrouilles. Il a aussi demandé une plus grande collaboration de la population avec les forces de sécurité afin de faciliter l’identification des trafiquants.

L’enjeu est important dans une région marquée par de longues distances et la proximité de plusieurs frontières. Ces caractéristiques offrent aux réseaux criminels de nombreuses possibilités de déplacement.

Une bataille de renseignement autant que de contrôle territorial

De Gaya à Zinder, puis à Agadez, les saisies mettent en lumière deux réalités.

D’un côté, des réseaux transnationaux disposent de moyens financiers et logistiques importants. Ils sont capables de modifier rapidement leurs itinéraires.

De l’autre, les autorités nigériennes intensifient les opérations pour identifier et démanteler ces chaînes.

Les 50,72 kg interceptés en septembre 2026 représentent donc plus qu’une nouvelle cargaison retirée du circuit. L’exploitation du véhicule, des téléphones saisis et de l’itinéraire suivi peut fournir de nouveaux éléments sur les réseaux qui utilisent le territoire nigérien comme espace de transit.

Après les 51,7 kg de Gaya et les 268,045 kg de Zinder, l’enjeu est désormais de transformer chaque interception en point de départ d’une enquête plus large. Il s’agit d’identifier les organisateurs, de suivre les circuits financiers, de localiser les avoirs et de rechercher les personnes susceptibles de faciliter les mouvements de drogue.

Dans cette confrontation, la quantité saisie reste spectaculaire. Mais la capacité à remonter toute la chaîne criminelle constitue l’un des indicateurs les plus significatifs de la lutte engagée contre le narcotrafic au Niger.

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