
Le secteur électrique nigérien fait face à un défi structurel majeur. Lors de sa communication devant le Conseil Consultatif de la Refondation en juillet 2026, la Ministre de l’Énergie, Pr Amadou Haoua, a chiffré la capacité totale installée à 420 MW, pour une puissance disponible de 294 MW. Ce parc de production repose actuellement à près de 90% sur les centrales thermiques (377 MW), tandis que le solaire photovoltaïque n’atteint que 43 MWc. Cette configuration génère des coûts d’exploitation élevés et une vulnérabilité face aux variations des cours des combustibles fossiles.
Pour répondre aux besoins d’industrialisation et de développement socio-économique, la politique énergétique nationale projette une transformation profonde du mix électrique à l’horizon 2035. L’objectif affiché est de porter la capacité cumulée installée à environ 2 000 MW, hors programme électronucléaire. Cette trajectoire implique de reconfigurer l’appareil productif en mobilisant l’ensemble des ressources locales disponibles.
Repère technique : Le passage d’un parc thermique dominant de 377 MW à une infrastructure diversifiée de 2 000 MW nécessite l’articulation de projets structurants aux profils techniques hétérogènes.
Diversification des sources et investissements structurants
La stratégie de diversification s’appuie sur la valorisation du potentiel national. Le projet hydroélectrique et solaire du barrage de Kandadji apportera 200 MW (130 MW hydroélectriques et 70 MW solaires). Le complexe énergétique de Salkadamna ambitionne d’ajouter 600 MW à partir des ressources charbonnières locales. Le renforcement de la SONICHAR combinera 50 MW solaires et 50 MW thermiques. Parallèlement, plusieurs parcs solaires et éoliens, à l’instar du projet éolien de la Tarka (250 MW) et des centrales photovoltaïques de Gorou Banda, Bangoula ou du programme NEPP, structureront l’offre énergétique des prochaines années.
À plus long terme, l’inscription d’un Programme Électronucléaire National de 2 000 MW répartis en deux phases témoigne d’une ambition technologique élevée. Cette option vise à valoriser les ressources fissiles du pays pour garantir une production de base stable et décarbonée. Toutefois, l’intégration de technologies nucléaires et de grands complexes thermiques ou hydrauliques pose la question de l’adéquation entre l’offre future et la structure de la demande intérieure.
L’équation financière et la viabilité économique
La transition énergétique nigériote se heurte à une contrainte de financement de grande envergure. La Stratégie Nationale d’Accès à l’Électricité chiffrait déjà à 850 milliards de FCFA les investissements nécessaires sur la période 2018-2035. L’addition de projets lourds de production et de transport, tels que les lignes haute tension de la dorsale WAPP ou les interconnexions régionales, exige la mobilisation de capitaux publics massifs et l’engagement du secteur privé.
La viabilité financière des services publics constitue un autre pilier déterminant. La NIGELEC, transformée en société d’État en juin 2025, doit concourir à l’équilibre économique du secteur tout en pratiquant des tarifs compatibles avec le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. La dépendance historique envers les importations, qui couvraient encore 56% de l’énergie totale en 2025, pèse sur les équilibres macro-économiques. Réduire cette dépendance par la production locale génère des gains de souveraineté, mais exige des investissements initiaux dont l’amortissement s’inscrit dans un temps long.
L’équation techno-économique du Niger réside donc dans un arbitrage permanent entre la sécurisation immédiate des approvisionnements par le thermique et l’investissement dans des infrastructures de rupture. La réussite de cette transition dépend de la capacité du pays à attirer des partenaires financiers internationaux, à structurer des partenariats public-privé rigoureux et à planifier le déploiement des réseaux de transport pour éviter les déséquilibres entre des zones productrices excédentaires et des zones de consommation en forte croissance.


