Surtitre : Diplomatie – Niger – Palestine

À la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a exprimé la « profonde préoccupation » du Niger face à la situation en Palestine, particulièrement dans la bande de Gaza. Niamey appelle à la protection des civils, à un accès humanitaire sans entrave et réaffirme son soutien à une solution à deux États. Une position qui s’inscrit dans la continuité de la diplomatie nigérienne sur la question palestinienne.
Gaza s’invite dans l’allocution du Premier ministre nigérien
La guerre à Gaza a occupé une place particulière dans l’allocution prononcée le 25 septembre 2026 par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine devant la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
Le chef du gouvernement nigérien a abordé la question palestinienne dès les premières minutes de son intervention, dans un développement plus large consacré au fonctionnement du système international et à l’application du droit international.
Le Niger, a déclaré Ali Mahaman Lamine Zeine, suit avec une « profonde préoccupation » la situation en Palestine et particulièrement dans la bande de Gaza, où il estime que les populations civiles supportent un coût humain particulièrement lourd.
Le Premier ministre a formulé trois demandes principales : la protection effective des populations civiles, un accès humanitaire sans entrave et la recherche d’une paix juste et durable.
Il a ensuite réaffirmé le soutien du Niger à une solution politique reposant sur l’existence de deux États, palestinien et israélien, vivant côte à côte.
Cette position constitue l’un des messages diplomatiques clairement formulés dans l’allocution du Premier ministre nigérien devant l’Assemblée générale des Nations unies.
Niamey maintient son soutien à la solution à deux États
Dans son intervention, Ali Mahaman Lamine Zeine n’a pas annoncé de changement de doctrine diplomatique.
Il a plutôt réaffirmé une position déjà défendue par le Niger : le règlement durable du conflit israélo-palestinien doit passer par une solution permettant à la Palestine et à Israël de vivre côte à côte.
« Niger reaffirms its support for a two-state solution, allowing the State of Palestine and the State of Israel to live side by side in peace, security and dignity », indique la transcription de son intervention.
Autrement dit, Niamey articule sa position autour de la reconnaissance des aspirations palestiniennes tout en inscrivant la solution recherchée dans un cadre politique prévoyant l’existence des deux États.
Cette orientation rejoint le cadre défendu par les Nations unies.
Lors d’une réunion de haut niveau consacrée à la solution à deux États, organisée le 22 septembre 2026 à New York, le secrétaire général de l’ONU António Guterres a rappelé que l’objectif poursuivi restait celui de deux États indépendants et souverains, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
Le secrétaire général a toutefois averti que les évolutions sur le terrain, notamment l’expansion des colonies en Cisjordanie, fragilisaient davantage la possibilité de parvenir à cette solution.
Une position ancienne de la diplomatie nigérienne
La déclaration de New York s’inscrit également dans une continuité diplomatique nigérienne.
Bien avant les changements politiques intervenus au Niger en juillet 2023, Niamey défendait déjà les droits des Palestiniens et une solution politique fondée sur deux États.
Lors d’une réunion de l’Organisation de la coopération islamique, la diplomatie nigérienne avait notamment rappelé son soutien aux résolutions visant à garantir les droits des Palestiniens.
Le gouvernement nigérien défendait également le respect des frontières de 1967 et s’opposait aux modifications unilatérales du statut des territoires palestiniens occupés.
La déclaration d’Ali Mahaman Lamine Zeine devant l’Assemblée générale apparaît donc davantage comme la réaffirmation d’une ligne diplomatique ancienne que comme l’annonce d’une nouvelle politique nigérienne vis-à-vis du conflit israélo-palestinien.
Gaza : un cessez-le-feu toujours fragile
L’intervention du Premier ministre intervient dans un contexte où la situation humanitaire dans la bande de Gaza reste particulièrement difficile.
Selon un rapport publié le 24 septembre 2026 par le Bureau du Coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025 a permis de mettre fin aux hostilités de grande ampleur et le retour des derniers otages israéliens et de leurs dépouilles.
Mais près d’un an plus tard, l’ONU considère toujours ce cessez-le-feu comme fragile.
Des frappes israéliennes, des tirs et des opérations militaires continuent d’être signalés. Le Hamas et les autres groupes armés palestiniens n’ont par ailleurs pas été désarmés, tandis que des victimes palestiniennes continuent d’être enregistrées.
Selon ce même rapport, environ deux tiers du territoire de Gaza demeurent inaccessibles ou soumis à d’importantes restrictions d’accès.
La situation humanitaire reste également préoccupante.
Dans son rapport humanitaire de septembre, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) fait état de destructions considérables, de difficultés persistantes d’accès aux équipements et fournitures indispensables et d’importants besoins en matière de santé, d’abris et de services essentiels.
L’ONU souligne également que les financements disponibles restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
C’est dans ce contexte que prend tout son sens l’appel lancé à New York par le Premier ministre nigérien en faveur d’un « accès humanitaire sans entrave ».
La Palestine intégrée à un discours plus large sur le droit international
La place de Gaza dans le discours d’Ali Mahaman Lamine Zeine ne peut cependant être séparée de l’architecture générale de son intervention.
Le Premier ministre a utilisé la situation palestinienne pour développer une réflexion plus large sur ce qu’il considère comme les contradictions du système international.
Au début de son intervention, il s’est interrogé sur la possibilité de restaurer la confiance envers les institutions internationales lorsque, selon lui, le droit international ne serait pas appliqué de manière identique à tous les États.
Il a cité dans ce contexte plusieurs crises et conflits, notamment ceux de Libye, d’Irak, de Palestine et du Liban, avant de revenir sur la situation du Sahel.
La question palestinienne devient ainsi, dans son argumentaire, l’un des exemples mobilisés pour soutenir la demande nigérienne d’un ordre international considéré comme plus équitable.
Cette réflexion rejoint un autre axe majeur de son discours : la réforme des Nations unies et particulièrement du Conseil de sécurité.
De Gaza à la réforme du Conseil de sécurité
Après avoir évoqué la Palestine, Ali Mahaman Lamine Zeine a directement posé la question de la représentation africaine au sein du Conseil de sécurité.
Le Premier ministre a rappelé que l’Afrique compte 54 États et environ 1,5 milliard d’habitants mais ne dispose toujours d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité.
Le Niger a ainsi réaffirmé son soutien au Consensus d’Ezulwini, qui porte la position commune africaine sur la réforme du Conseil.
Dans la construction du discours nigérien, les deux sujets sont donc liés : la crise palestinienne illustre, selon Niamey, les difficultés du système multilatéral à garantir une application équitable du droit international, tandis que l’absence de représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité est présentée comme une autre manifestation des déséquilibres de la gouvernance mondiale.
Une continuité diplomatique malgré la recomposition des alliances du Niger
Cette prise de position est également intéressante au regard de la profonde recomposition diplomatique engagée par Niamey depuis juillet 2023.
Le Niger a rompu ou profondément révisé plusieurs partenariats, renforcé l’Alliance puis la Confédération des États du Sahel avec le Mali et le Burkina Faso et développé de nouvelles relations internationales.
Sur la Palestine, cependant, le discours prononcé par Ali Mahaman Lamine Zeine à New York montre davantage une continuité qu’une rupture.
Niamey maintient son soutien aux droits des Palestiniens, demande la protection des populations civiles et l’accès de l’aide humanitaire à Gaza, tout en réaffirmant explicitement son adhésion à une solution à deux États.
À la tribune des Nations unies, cette position a surtout été intégrée à une doctrine diplomatique plus large : celle d’un Niger qui revendique la souveraineté des États, demande une application uniforme du droit international et appelle à une réforme de la gouvernance mondiale.
Dans cette architecture, Gaza devient à la fois un sujet de politique internationale et un élément de la critique nigérienne du fonctionnement actuel de l’ordre multilatéral.


