OCLEI–COLDEFF : quel rempart contre la corruption dans l’AES ?

Drapeaux du Mali et du Niger encerclés de doré, surmontés des sigles OCLEI et COLDEFF.
Crédit : Œil du Sahel — illustration réalisée par IA.

ANALYSE | Éthique publique et souveraineté

La lutte contre la corruption dans l’AES franchit une étape avec le rapprochement entre l’OCLEI du Mali et la COLDEFF du Niger, annoncé en septembre 2026. Cette coopération peut faciliter la recherche d’avoirs détournés. Mais son efficacité dépendra des moyens d’enquête, des garanties judiciaires et de la transparence des résultats.

Corruption dans l’AES : ce que l’accord permet d’établir

Selon un compte rendu de Malijet publié le 11 septembre 2026, l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI) et la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (COLDEFF) ont signé à Bamako un protocole de partenariat et de coopération. La signature s’inscrit dans une visite d’étude de la délégation nigérienne au Mali, organisée du 7 septembre 2026 au 9 septembre 2026. Les échanges ont notamment porté sur les pratiques de contrôle et le recouvrement des avoirs.

Cette annonce constitue le point de départ de l’analyse. Le texte intégral du protocole n’a pas pu être consulté pour cet article. Les sources accessibles ne permettent donc pas d’affirmer qu’un fichier commun des patrimoines, des enquêtes conjointes ou des saisies transfrontalières automatiques sont déjà opérationnels. Trois pistes illustrent néanmoins l’intérêt potentiel d’une coopération renforcée :

  • Mieux identifier les patrimoines : le recoupement légal d’informations sur les sociétés et les biens pourrait aider à retrouver les bénéficiaires réels d’avoirs suspects. Sa réalisation exige des données fiables, des agents formés et des règles précises d’accès aux informations.
  • Améliorer la qualité des enquêtes : des échanges d’expérience pourraient rendre les méthodes de contrôle plus cohérentes et les demandes d’assistance plus exploitables. Une alerte doit toutefois être documentée ; la seule présence d’un patrimoine dans un pays voisin ne démontre aucune infraction.
  • Faciliter le recouvrement : repérer un actif, le geler, le confisquer et le restituer sont des étapes distinctes. La Convention des Nations unies contre la corruption encadre la coopération internationale en la matière. Un accord entre institutions ne suffit pas à établir qu’une décision produit automatiquement ses effets dans l’autre pays.

Ressources naturelles : la souveraineté à l’épreuve du contrôle

L’enjeu dépasse la restitution de sommes déjà perdues. Pour les États de l’AES, mieux maîtriser les recettes publiques suppose aussi de prévenir les détournements au moment où l’argent entre dans les caisses et lorsqu’il est dépensé. Les marchés de sous-traitance, les achats publics et les opérations liées aux ressources naturelles constituent des champs de vigilance. Les mentionner ne revient pas à imputer une fraude à une entreprise ou à une administration déterminée.

La souveraineté économique peut rester incomplète si les recettes supplémentaires échappent au contrôle public. Cette lecture conduit à poser des questions concrètes : qui attribue les contrats, qui vérifie les prix et qui contrôle les livraisons ? Quels organismes peuvent examiner les dépenses sensibles ? Une coopération anticorruption serait utile si elle aidait à suivre ces opérations et à corriger les failles constatées. Aucune donnée consultée ne permet encore d’attribuer un tel résultat au partenariat OCLEI–COLDEFF.

À lire aussi : AES : le défi de la souveraineté économique.

COLDEFF et OCLEI : des bilans qui ne mesurent pas la même chose

Comparer les deux institutions exige de distinguer les périodes, les missions et la nature des résultats annoncés. Une somme recouvrée n’est pas équivalente à un dossier transmis à la justice. Le tableau ci-dessous rapproche des informations publiques ; il ne constitue ni un classement de performance ni le bilan du nouvel accord.

Institution Pays Bilan annoncé / Période Orientation rapportée / Limite
COLDEFF 🇳🇪 Niger Plus de 74 milliards de FCFA recouvrés, selon le bilan présenté au 5 août 2026, rapporté par ActuNiger. Priorité au recouvrement et aux sanctions pécuniaires, selon les propos présidentiels rapportés. Ce bilan ne permet pas, à lui seul, de mesurer les suites judiciaires.
OCLEI 🇲🇱 Mali 42 dossiers transmis à la justice dans un bilan rendu public en juin 2025, selon Ouestaf News citant une communication de l’OCLEI. Indicateur d’activité judiciaire à replacer dans sa période. Une transmission ne vaut ni condamnation, ni confiscation définitive, ni restitution au Trésor.

ActuNiger rapporte également une hausse de 12 milliards de FCFA en numéraire pour la COLDEFF. Les montants publiés, dont un total antérieur de 63,808 milliards et un nouveau total seulement indiqué comme supérieur à 74 milliards, ne permettent pas de reproduire précisément ce calcul. Il faut donc conserver cette hausse comme une déclaration attribuée, sans la présenter comme un « gain net » établi par notre rédaction.

Ces données sont, en outre, antérieures à l’accord de septembre 2026. Elles renseignent sur l’activité des institutions, pas sur les résultats de leur coopération. Pour apprécier cette dernière, il faudrait connaître les demandes échangées, les délais de réponse, les dossiers effectivement documentés et les montants finalement restitués grâce à cette assistance.

Burkina Faso : une coopération régionale à préciser

L’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) du Burkina Faso appartient déjà à cet environnement de coopération. Des communications institutionnelles de l’ASCE-LC et de l’OCLEI signalent une visite de travail au Burkina Faso en mars 2025. Présenter le pays comme un partenaire qui resterait entièrement à intégrer serait donc réducteur. En revanche, ces échanges ne prouvent pas l’existence d’un dispositif confédéral unique réunissant les trois institutions.

Pour aller au-delà des rapprochements bilatéraux, deux exigences paraissent décisives :

  • Des résultats comparables : publier des indicateurs définis de la même manière, en séparant les créances réclamées, les actifs gelés, les biens confisqués et les sommes effectivement encaissées. Un tableau commun pourrait faciliter ce suivi ; sa création n’est pas établie par les sources consultées.
  • Une utilisation traçable des fonds : permettre de suivre le versement au Trésor et le traitement budgétaire des sommes récupérées. Leur récupération ne garantit pas automatiquement leur affectation à la santé, aux infrastructures ou à la sécurité.

Indépendance, droits et transparence : le test de crédibilité

L’efficacité doit aussi se juger à la régularité des procédures. Une politique anticorruption crédible devrait appliquer les mêmes critères aux responsables publics, quels que soient leur rang ou leur proximité avec le pouvoir. Elle devrait protéger les personnes qui signalent des irrégularités et permettre aux personnes mises en cause de contester les éléments retenus contre elles.

L’équilibre est essentiel : informer le public des résultats sans compromettre les enquêtes, ni transformer un soupçon en verdict. Des statistiques anonymisées, des décisions motivées accessibles selon les règles applicables et un suivi des recommandations permettraient de mieux apprécier l’action des institutions. Le recouvrement rapide mérite d’être examiné avec les suites judiciaires et les mesures de prévention, plutôt qu’isolément.

L’axe OCLEI–COLDEFF ouvre ainsi une possibilité de coopération utile. Le qualifier dès maintenant de « verrou anti-fraude de l’AES » reviendrait toutefois à anticiper la preuve de son efficacité. La question déterminante sera celle des résultats vérifiables : davantage d’avoirs retrouvés, des procédures solides et des fonds dont les citoyens peuvent suivre l’utilisation.

* Transparence et mise au point éditoriale

La vérification éditoriale au 13 septembre 2026. Le protocole intégral et un bilan d’exécution de l’accord n’ont pas été obtenus. Les chiffres nationaux restent attribués aux institutions par l’intermédiaire des médias cités. La visite au Burkina Faso est documentée par des extraits de communications institutionnelles indexés ; leurs pages complètes n’ont pas pu être consultées. Les développements sur les effets possibles du partenariat relèvent de l’analyse.

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