Gouvernance et souveraineté : la lutte contre la corruption redessine l’espace AES

L’Indice de Perception de la Corruption (IPC) de l’année 2025, publié au début de 2026 par Transparency International, confirme des blocages structurels à l’échelle mondiale. Plus des deux tiers des 182 nations évaluées affichent une note inférieure à 50 sur 100, traduisant une difficulté globale à endiguer les abus de pouvoir. Cette tendance affecte également les économies occidentales, confrontées à l’opacité du lobbying et à des failles de régulation financière. L’Afrique subsaharienne demeure la zone la moins bien classée avec une moyenne de 32 points. Dans cet environnement, les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) opèrent un changement de paradigme. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger s’éloignent des standards institutionnels classiques pour imposer des dispositifs répressifs et souverains. Ces politiques agressives visent à mobiliser les ressources intérieures face aux pressions géopolitiques extérieures. 

Burkina Faso : audits et rigueur budgétaire

​Le Burkina Faso obtient le score de 40 points sur 100 à l’IPC 2025, occupant le 84e rang mondial. Cette position, la première au sein de la confédération sahélienne, s’appuie sur les interventions de l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC). Le rapport général d'activités, publié par le contrôleur général Lassané Compaoré, documente des pertes financières estimées à 44,4 milliards de francs CFA au titre de l'exercice 2023.  ​Les investigations ciblent des entités publiques majeures comme la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG) et le Fonds de soutien patriotique. L'organisme de contrôle comptabilise un préjudice direct de 30 milliards de francs CFA pour le Trésor public, dont 25,3 milliards relèvent d'infractions pénales. Vingt-et-un dossiers d’enquêtes ont été transférés aux parquets spécialisés de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, impliquant d'anciens ministres, des magistrats et des cadres de l'administration.  ​Le secteur de l’aide humanitaire fait également l’objet d’une surveillance accrue par les organisations civiles, notamment le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC). Les délimitations de ce contrôle se traduisent par des sanctions judiciaires lourdes. Un gestionnaire de comptes du ministère de l’Action humanitaire a écopé d'une peine de 30 ans de réclusion criminelle pour le détournement de plus de 3 milliards de francs CFA. Saisissez ici votre paragraphe

​Mali : réorganisation et nationalisme extractif

​Le Mali affiche une note de 28 points sur 100 à l'IPC 2025, gagnant un point par rapport à la période précédente, et se positionne au 136e rang. Les autorités concentrent leurs réformes sur le secteur minier, qui génère 10 % du produit intérieur brut et 30 % des entrées budgétaires du pays. L’application du Code minier de 2023 réajuste la participation de l'État et des investisseurs nationaux dans les projets extractifs à hauteur de 35 %, contre 20 % auparavant. ​Les contrôles fiscaux menés sur les contrats des compagnies minières ont généré le recouvrement de 760 milliards de francs CFA d’arriérés d'impôts sur une période de cinq ans. En décembre 2025, un versement d'un milliard de dollars d’impayés a été enregistré par le Trésor public. La mise en œuvre d'un cadastre minier numérisé en avril 2026 vise à supprimer les intermédiaires pour sécuriser les flux de recettes. ​Le secteur de l’énergie subit une restructuration similaire. Des enquêtes judiciaires visant la société publique Énergie du Mali (EDM-SA) ont abouti à l'arrestation d'un ancien ministre de l'Énergie et de plusieurs cadres dirigeants. Les charges incluent des fraudes sur la livraison de carburant et la passation de marchés irréguliers pour des groupes électrogènes. Les saisies ont restitué l'équivalent de 4,8 milliards de francs CFA à l'entreprise.

Niger : efficacité et tension judiciaire

Le Niger enregistre une baisse de 3 points, s'établissant à 31 points sur 100 à l'IPC 2025 pour occuper le 124e rang mondial. Ce recul coïncide avec la mise en place de la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (COLDEFF), un organe d'exception instauré par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). En août 2025, cette commission déclarait avoir récupéré 63 milliards de francs CFA. ​L'action unilatérale de cette structure engendre des conflits avec les professionnels du droit. L'Ordre des avocats et le Syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN) contestent la légitimité de l'institution, dénonçant l'absence de contrôle judiciaire et l'interdiction de l'assistance des conseils lors des auditions. En réponse à cette opposition, l'exécutif a prononcé par décret la dissolution des organisations syndicales du secteur en août 2025, accentuant la dégradation des notes internationales du pays. ​L’évolution de l’espace AES met en évidence deux approches distinctes. Le Burkina Faso et le Mali maintiennent des cadres administratifs et sectoriels, tandis que le Niger privilégie une répression directe. Ces réformes renforcent les budgets étatiques à court terme, mais la pérennité du modèle dépend de la préservation d'un équilibre institutionnel. ​Par l'Agence de Presse SahélienneSaisissez ici votre paragraphe

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