Alors que les difficultés d’approvisionnement en produits pétroliers ont alimenté ces derniers mois files d’attente, contrôles et accusations de fraude dans plusieurs régions du Niger, le gouvernement réaffirme sa volonté de protéger le pouvoir d’achat. Réuni le 9 octobre 2026, le Conseil des ministres a rappelé les tarifs de 499 FCFA le litre pour le Super 91 et 618 FCFA pour le gasoil, tout en assurant ne vouloir prendre aucune mesure susceptible d’alourdir le coût de la vie.
Au-delà du simple rappel tarifaire, la déclaration intervient dans un contexte particulier. L’exécutif reconnaît lui-même l’existence de difficultés dans la chaîne pétrolière nationale. Selon les conclusions du Conseil des ministres du 9 octobre, les perturbations observées trouvent leur origine dans des contraintes structurelles et de gouvernance affectant la production, le transport et la distribution des produits pétroliers.

Prix du carburant au Niger : 499 FCFA pour le Super 91, 618 FCFA pour le gasoil
Dans son communiqué, le gouvernement rappelle la baisse des prix décidée sous les instructions du président de la République, le général d’armée Abdourahamane Tiani.
Le prix du litre de Super 91 était auparavant fixé à 540 FCFA. Il est désormais de 499 FCFA. Celui du gasoil, qui s’établissait à 668 FCFA, a été ramené à 618 FCFA.
Cette baisse avait été annoncée le 17 juillet 2024 avant d’entrer en vigueur le 23 juillet de la même année sur l’ensemble du territoire national. Le gouvernement avait alors présenté la mesure comme un moyen de réduire les coûts de transport et, indirectement, les prix de certains produits de première nécessité.
Plus de deux ans après cette décision, le Conseil des ministres du 9 octobre 2026 choisit donc de rappeler explicitement ces deux niveaux de prix.
Ce rappel peut être lu comme un signal adressé aux consommateurs dans un contexte de tensions récurrentes sur l’approvisionnement. Il ne constitue toutefois pas, dans le texte du communiqué, l’annonce d’un mécanisme juridique de gel définitif des tarifs.
Le gouvernement lie les prix à la protection du pouvoir d’achat
L’exécutif présente sa politique tarifaire comme un mécanisme de redistribution des revenus tirés des ressources naturelles.
Dans son communiqué, il affirme que les retombées provenant de l’exploitation de ces ressources doivent bénéficier à la population et assure qu’il n’entreprendra « aucune action pour aggraver le coût de la vie ».
Cette formulation est importante. Elle intervient alors que la disponibilité physique du carburant constitue elle-même un enjeu pour les ménages, les transporteurs et les opérateurs économiques.
Le prix officiel à la pompe ne suffit en effet pas, à lui seul, à déterminer le coût réellement supporté par les consommateurs lorsque des pénuries, des files d’attente ou des circuits parallèles apparaissent.
Fraude, circuits informels et problèmes de gouvernance
Le Conseil des ministres reconnaît précisément cette difficulté.
Selon le communiqué, des circuits informels et des opérations frauduleuses participent à entretenir la pénurie et la surenchère des produits pétroliers. Un comité technique a été créé pour identifier les obstacles rencontrés aux différents niveaux de la chaîne et proposer des mesures correctives. Les forces de contrôle ont également reçu instruction de poursuivre les personnes impliquées dans les opérations de fraude.
Ces mesures prolongent un dispositif de contrôle annoncé en juillet 2026. Œil du Sahel avait alors documenté la mise en place d’un mécanisme associant plusieurs services de l’État, notamment le ministère du Pétrole, la SONIDEP, le ministère du Commerce, les gouverneurs, les services de métrologie, les Douanes et les forces de défense et de sécurité.
Ce système prévoit notamment le suivi quotidien des stocks et des livraisons ainsi que la lutte contre la rétention de carburant, la spéculation et les détournements.
Des tensions encore observées en septembre
Ces difficultés n’ont pas disparu avec la création du dispositif.
Début septembre, des files d’attente avaient encore été observées dans certaines stations-service de Zinder et de Maradi. La SONIDEP affirmait alors que l’approvisionnement restait régulier et attribuait notamment les tensions à une forte augmentation de la demande, aux achats excessifs, au stockage informel et à la revente illicite. Ces explications relevaient toutefois de la position de l’entreprise publique et n’étaient pas accompagnées de données indépendantes détaillant les stocks de chaque station. Œil du Sahel avait documenté ces tensions.
Le Conseil des ministres du 9 octobre va désormais plus loin en évoquant explicitement des contraintes structurelles et des problèmes de gouvernance dans l’ensemble de la chaîne pétrolière.
Le véritable enjeu : maintenir à la fois le prix et la disponibilité
Pour les consommateurs, deux questions sont donc désormais liées : le maintien du tarif officiel et la disponibilité effective du produit.
En rappelant les prix de 499 et 618 FCFA et en affirmant ne pas vouloir aggraver le coût de la vie, le gouvernement adresse un signal sur le premier enjeu.
Sur le second, l’efficacité du comité technique, la disponibilité régulière des stocks, la réduction des circuits informels et l’application des contrôles permettront de mesurer les effets concrets de cette politique.
Le défi ne consiste donc pas seulement à maintenir un prix officiel relativement stable. Il s’agit également de faire en sorte que le carburant puisse effectivement être acheté à ce prix dans les stations-service, sans que les difficultés d’approvisionnement ne déplacent une partie de la demande vers des circuits parallèles où les tarifs échappent au contrôle public.


